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vers le fascisme

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 18/09/2011 à 10:32:22

France : Un ènieme décret apres celui des fichages de toutes sortes !

Un décret signé en catimini en juillet 2012,  vient d' autoriser la police française à tirer à balles réelles sur les manifestants.

 Un décret a été voté ce 1er Juillet, Décret n° 2011-794 du 30 juin 2011 relatif à l’emploi de la force pour le maintien de l’ordre public. Il concerne les administrations centrales des ministères de l’intérieur et de la défense, représentants de l’Etat, militaires et fonctionnaires en charge des missions de maintien de l’ordre public. Et il a pour objet la modification du régime juridique relatif à la dispersion des attroupements.

l’article 431-3 du code pénal détermine les raisons pour lesquelles on peut vous tirer dessus : Constitue un attroupement tout rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public susceptible de troubler l'ordre public.

Un attroupement peut être dissipé par la force publique après deux sommations de se disperser demeurées sans effet, adressées par le préfet, le sous-préfet, le maire ou l'un de ses adjoints, tout officier de policejudiciaire responsable de la sécurité publique, ou tout autre officier de police judiciaire, porteurs des insignes de leur fonction.

Il est procédé à ces sommations suivant des modalités propres à informer les personnes participant à l'attroupement de l'obligation de se disperser sans délai.

Toutefois, les représentants de la force publique appelés en vue de dissiper un attroupement peuvent faire directement usage de la force si des violences ou voies de fait sont exercées contre eux ou s'ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu'ils occupent.

 Les modalités d'application des alinéas précédents sont précisées par décret en Conseil d'Etat, qui détermine également les insignes que doivent porter les personnes mentionnées au deuxième alinéa et les conditions d'usage des armes à feu pour le maintien de l'ordre public.

Ainsi se poser la question sur ce que nous prépare l'EU qui sait qu'elle va faire face à de la contestation, les différentes lois en Frrance commence sérieusement à montrer une dérive certaine.

 Les fichages sont entrain de généraliser dans toutes l'ue et on utilse n'importe quel pretexte pour mettre en place des decrets, des lois qui nous conduisent directement vers un état totalitaire et policier !!

 Dans ce document noté à "diffusion restreinte" : les experts de la police britannique développèrent une doctrine sous le titre "Public Order : Conflict Prevention, rendu public par l’association State Watch et accepté par les ministres de l’intérieur en 1998.

Fauteurs de troubles :

Articles conseillés : Comment ficher les fauteurs de troubles dont voici un extrait

Cette notion n’est pas sans rappeler le fameux « sentiment d’insécurité », très en vogue en France pour servir de baromètre répressif après le moindre fait divers. Pour Tony Bunyan, fondateur et directeur de Statewatch, il est « absurde » de lier les délits ou crimes sérieux à la notion de « perturbation de la paix publique ». « Cela peut englober des manifestants non violents qui font un sit-in ou tout autre rassemblement de protestation. Ils pourraient être interprétés par la police comme ayant ‘un effet considérable’ sur le sentiment de sécurité ».

Criminaliser les manifestants :

 L'UE prévoit :

* Donner le contrôle des opérations de la "Task Force" nouvellement créé de l'UE et qui n'a aucune base juridique pour ses activités
* Créer des mécanismes pour des coopération opérationnelles pour lesquels il n'existe pas de pouvoirs légaux
* Légitimer la surveillance continue par "la police et des officiers du renseignement » (sécurité intérieure services) des « personnes ou groupes susceptibles de constituer une menace pour l'ordre public et la sécurité"
* Créer des bases de données nationales de « fauteurs de troubles » fondées sur des soupçons et de suppositions sans aucune éthique ni normes ou protection des données et l'échange non réglementée de ces données.
Permettre aux Etats membres d'adopter des lois pour empêcher les gens d'aller à des manifestations dans d'autrespays si leurs noms ont été enregistrés comme « suspects » ou si elles ont été reconnues coupables d'un trouble mineur infractions à l'ordre public comme (obstruction de l'autoroute)

 Le rapport Statewatch :

* Les plans de l'UE menacent le droit à la libre circulation et le droit de protester
* Sept gouvernements de l'UE - Allemagne, Suède, Portugal, Italie, Belgique, Luxembourg et Royaume-Uni
le Royaume- Uni a voulu aller encore plus loin et créer une base de données de « fauteurs de troubles" à l’échelle de l’union et introduire des interdictions de voyager sur les présumés « fauteurs de troubles" dans l'UE.
* Les plans mèneront à la surveillance de l'activité politique quotidienne, sans limite ou de données
protection, qui est tout à fait inacceptable dans les démocraties.
* Les plans ont été mis e place par des réunions secrètes à Bruxelles sans aucun contrôle parlementaire et sans permettre à la société civile d’objecter.

* Les plans auront peu d'effet sur le sol et la seule option d’accroitre l’autorité de la police sur les manifestants dans les rues
* L'effet global est de légitimer la surveillance et criminaliser les manifestants

abdelhak

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 13/09/2011 à 07:10:40

Liberté pour Abdelhak TalhaouiLe détenu politique Abdelhak Atalhaoui comparaîtra pour son procès le 07 septembre 2011 tout en étant en grève de la faim. Le camarade a, en effet, décidé d’entamer deux jours de grève de la faim, le 06 et le 07 septembre 2011, comme premier avertissement. Voici sa déclaration :

 

Le 07 septembre prochain se déroulera la deuxième partie du procès fomenté à mon encontre, après que le tribunal de première instance m'ait condamné à 4 ans de prison ferme - peine dont je viens déjà de purger 5 mois.

Avec 5 de mes camarades - dont deux ont purgé déjà 4 mois de leur peine -, j'ai été arrêté suite à la glorieuse marche du 20 février, durant laquelle les masses populaires par dizaine de milliers ont manifesté pour imposer leurs revendications de transformation radicale et pour dénoncer les décennies d'exploitation et d'oppression que le régime actuel et ses acolytes ont exercé et continuent d'exercer aujourd'hui encore. A la suite de cette manifestation, ont eu lieu des vagues massives d'arrestation et de poursuite à l'encontre de dizaines de militants et à l'encontre de centaines de fils du peuple marocain, et ces arrestations se sont soldées par de nombreuses condamnations à des peines d'emprisonnement ferme. Par cette répression, le régime cherche à empêcher le peuple marocain de réaliser ses aspirations pour une transformation radicale et globale, et tente en même temps de créer "l'exception marocaine" - et cela, même s'il est conduit à tuer un tiers du peuple et à jeter le reste de la population dans les geôles du pays.

 

Mais le peuple marocain, - ce héros qui n'a eu de cesse de combattre le colonialisme d'antan et l'impérialisme actuel, en sacrifiant les meilleurs de ses fils comme martyrs - n'acceptera jamais cette soi-disante "exception marocaine".

Nous appelons les masses populaires à accentuer sa lutte jusqu'à la victoire ; et à l'opinion publique nationale et internationale, nous disons ce qui suit :

- je déclare la volonté qui est la mienne d'entamer une grève de la faim de deux jours, le 6 et le 7 septembre prochains

- nous dénonçons la répression féroce que subissent les différentes couches des masses populaires (ouvriers, paysans, étudiants, chômeurs, et le mouvement du 20 février)

- nous dénonçons aussi les procès fomentés que j'ai subis et que subissent tous les détenus politiques au Maroc

- nous dénonçons aussi les conditions inhumaines que j'endure et qu'endurent les détenus politiques dans les prisons de l'oppression et de la misère au Maroc

- nous revendiquons ma libération immédiate et sans condition ainsi que celle de tous les détenus politiques

- nous revendiquons aussi la levée de toutes les poursuites menées à l'encontre des militants

- nous exigeons que tous les tortionnaires soient jugés et condamnés

- nous exprimons notre solidarité inconditionnelle avec la lutte de toutes les couches des masses populaires, et en particulier avec celle qui oeuvre à la transformation radicale et globale.

- nous exprimons aussi notre solidarité avec tous les détenus politiques et en particulier avec les camarades Mourad Chouini et Youssef Alhamdiya

- nous exprimons notre solidarité avec la lutte de tous les peuples qui aspirent à se libérer du joug de l'impérialisme et du colonialisme, et avec la lutte de la classe ouvrière et de tous les opprimés dans les centres impérialistes.


Vive la lutte du peuple marocain !

Vive toutes les luttes de tous les peuples du monde !

 Liberté pour tous les prisonniers politiques !


Le détenu politique : Abdelhak Atalhaoui

numéro d'écrou : 10239

l'autre 11 septembre

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 11/09/2011 à 09:25:19

Tout le monde l'a oublié ou presque. Mais un autre tristement célèbre 11 septembre a eu lieu, en 1973, au Chili. Ce jour là, le président Allende perdit la vie. Retour sur ces événements.
Le Palacio de La Moneda pris d'assaut par l'armée de Pinochet  
Le Palacio de La Moneda pris d'assaut par l'armée de Pinochet ©SIPA

37 ans déjà. Le 11 septembre 1973, à 9 h du matin, Salvador Allende se retrouve assiégé dans le palais présidentiel par l'armée chilienne dirigée par le général Augusto Pinochet. L'aviation commence à bombarder le bâtiment, le Palacio de La Moneda. Le président prend la parole pour la dernière fois à la radio : « Nos ennemis sont forts ; ils sont capables d’asservir le peuple. Mais ni les actes criminels ni la force des armes ne sauront contenir ce processus social. L’histoire nous appartient ; c’est le peuple qui fait l’histoire. »

Le rêve socialiste chilien prend fin quelques heures plus tard. On retrouve le corps du président dans les décombres. La thèse officielle (thèse discutée au Chili) concluera à un suicide par arme à feu. 

Le destin d'Allende commencée 3 ans plus tôt. Le 4 septembre 1970,  le leader de la gauche chilienne  remporte la présidence du pays à la tête d'une coalition alliant des communistes et des sociaux-démocrates avec un peu plus de 36% des voix. Son discours reste célèbre : « Nous abolirons les monopoles qui accordent le contrôle de l’économie à quelques dizaines de familles. Nous abolirons un système fiscal (…) qui accable les pauvres et épargne les riches. Nous abolirons la grande propriété qui condamne des milliers de paysans à la servitude. Nous abolirons la mainmise étrangère sur notre industrie. »

Aussitôt, le gouvernement américain manifeste son irritation devant un résultat qu'il n'a pas prévu. Le 6 novembre 1970, le président Richard Nixon déclare devant le Conseil national de sécurité : « Notre principale préoccupation avec le Chili, c’est le fait qu’il [Allende] puisse consolider son pouvoir et que le monde ait l’impression qu’il en train de réussir. (…) Nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut prendre ce chemin sans en subir les conséquences. »

Les dés sont jetés. Les 3 ans de gouvernement socialiste se déroulent dans un climat de chaos organisé. L'opposition politique de droite appelle notamment la classe moyenne à « vaincre le communisme destructeur de la civilisation chrétienne en terre chilienne ».  L'économie flanche rapidement, des denrées les plus élémentaires viennent à manquer, coïncidant avec le développement du marché noir. L'inflation explose : 500% en septembre 1973.  En toile de fonds : le gouvernement américain maintenant un implacable programme de rétorsions économiques vis-à-vis du Chili.

Le coup de grâce est donné finalement par l'armée chilienne. Exit le socialisme et place à l'une des dictatures les plus violentes qu'ait connue l'Amérique du Sud.

femmes

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 10/09/2011 à 08:00:11

Mushtaq Ul Haq Ahmad Sikander

"La nécessité est la mère des inventions" est un fait avéré ; les femmes du Cachemire en sont la preuve vivante. Le conflit armé leur a imposé de nouveaux rôles ; elles s’y sont magnifiquement adaptées et en ont assumé les responsabilités. Pendant la phase initiale du conflit armé, les femmes ont lutté à égalité avec les hommes et, dans beaucoup de cas, se sont montrées plus efficaces que les hommes surtout quand l’armée ou la police venait chercher les jeunes. Les femmes de la localité manifestaient alors à l’extérieur des camps de l’armée et s’y relayaient jusqu’à ce que l’armée relâche les jeunes. Les femmes se sont même opposées à la détention illégale des jeunes et ont protesté avec les hommes contre les atrocités commises par l’état ou l’armée.



Quand les choses sont devenues insupportables et que les femmes se sont trouvées en ligne de mire, elles se sont retirées un peu de la lutte active parce que les meurtres, les viols, les enlèvements, la torture et les détentions illégales menaçaient de détruire toute la vie sociale et familiale ce qui aurait finalement conduit à l’anarchie. Les femmes ont pris leur vie en main et ont assumé leurs responsabilités familiales ; elles étaient submergées par la multiplication des tâches et des responsabilités mais elles ne se sont pas affolées et c’est seulement grâce à leur persévérance et à leur solidité qu’une catastrophe sociale a pu être évitée. Lorsque les soutiens de famille étaient tués ou disparaissaient, les femmes ont assumé à leur place les responsabilités économiques, l’éducation des enfants et les aléas de la vie quotidienne.

Des femmes illettrées dont les maris, les frères ou les pères étaient en prison dans différents endroits du Cachemire ou d’Inde se sont mises à suivre les procès, à rencontrer des hommes de loi, se sont familiarisées avec les lois draconiennes qui avaient envoyé ceux qu’elles aimaient en prison, se sont informés sur les dispositions légales et ont découvert quels juges instruisaient leurs cas. Elles se sont mises à visiter les différentes prisons, les centres de torture et de détention et elles savent désormais très bien où se trouvent les prisons, les tribunaux et les hôtels bons marché où dormir pendant leurs démarches. C’est ainsi que leur tragédie personnelle leur a donné du pouvoir sur leur propre vie et celle de leurs familles en dépit du triple handicap du manque d’éducation, du fait d’être des femmes et de la naissance.

Des milliers d’hommes ont été tués dans de prétendues échauffourées montées de toutes pièces et pendant leur détention par l’armée et la police. Et des hommes arrêtés par l’armée ou la police ont disparu et l’armée et la police prétendent qu’ils se sont évadés tandis que leur famille dit qu’ils sont toujours en prison ou enterrés dans des fosses communes. Selon des sources non officielles plus de 10 000 personnes ont disparu au Cachemire et il y a plus de 3000 demi-veuves (une demi-veuve est une femme dont le mari a disparu en détention et qui ne sait pas combien de temps elle doit garder le deuil avant de se remarier car il n’y a pas de consensus à ce sujet). La disparition est une source de souffrances sans fins pour la famille car elle est dans un dilemme perpétuel : la loi ne peut pas entériner la mort du disparu et la famille elle-même ne se résout pas à considérer comme morte la victime qui s’est volatilisée.

Pour suivre les cas des disparus, les mères de fils disparus se sont rassemblées sous la présidence de Parveena Ahangar, dont le propre fils, Javed Ahmad Ahangar, a disparu depuis 1990 alors qu’il était détenu par l’armée, pour former l’Association des Parents de Personnes Disparues (APDP) en 1994. Plus tard des demi-veuves ont aussi rejoint l’association. Depuis 1994 elles mènent une bataille légale devant la justice pour savoir où se trouve leurs disparus sans résultat jusqu’ici, mais Parveena, une femme ordinaire et illettrée d’une cinquantaine d’années a affirmé qu’elle n’abandonnerait jamais la lutte et d’autres la suivent. Le 10 de chaque mois des membres de l’APDP manifestent en silence dans le parc Pratap qui est situé au coeur de Srinagar. Parveena est régulièrement invitée à différents séminaires et conférences dans diverses parties du monde où elle partage avec le public ses souffrances et celles de milliers d’autres personnes comme elle.

Les piliers de l’insurrection armée, dont la plupart ont été tués ou ont rejoint des politiciens pro-liberté, ont négligé de construire des institutions au profit des victimes du conflit et l’argent qui leur avait été confié pour les victimes a été détourné par la majorité d’entre eux pour leur usage personnel ou politique et les victimes, abandonnées à leur sort et sans protection, se sont retrouvées l’objet de multiples formes d’exploitation. C’est une des raisons pour laquelle le peuple n’a plus confiance dans ceux qui portent le drapeau de Aazadi (Liberté : mouvement qui lutte pour l’autodétermination ndt) car ils n’ont rien fait pour aider les gens ni améliorer leurs conditions de vie. APDP met ses faibles moyens au service des familles des disparus. Parveena dit que seules les mères savent ce qu ça signifie de perdre un fils et qu’elles doivent donc se trouver aux premières lignes de la lutte pour la justice.

L’insurrection armée a maintenant reculé et cela a permis aux femmes de retrouver leur place sur la scène publique et même de prendre la tête des manifestations qui ont secoué la vallée du Cachemire ces trois dernières années c’est à dire depuis 2008. Les femmes militent aussi dans les mouvements de Paix et Réconciliation même si ces initiatives sont encore élitistes.

C’est ainsi que le conflit a permis aux femmes d’endosser de nouveaux rôles assortis de leurs problèmes et responsabilités spécifiques et ce faisant les femmes se sont révélées êtres des océans de courage et de sacrifice qui font tout ce qui est exigé d’elles sans perdre le sourire. Mais par ailleurs le conflit a eu aussi des effets négatifs sur les femmes en les rendant plus vulnérables à diverses attaques où leurs droits sont violés en toute impunité.

La violence domestique a considérablement augmenté à cause du conflit car les hommes sont quotidiennement humiliés par l’armée et la police ce qui blesse leur estime de soi et détruit leur confiance en eux-mêmes de sorte qu’ils sont tentés d’affirmer leur autorité, leur statut, leur force et leur virilité aux dépens des femmes en les forçant à se soumettre ; Ils se vengent de leurs humiliations sur les femmes, parfois même en causant leur mort.

Les femmes liées aux militants pro-liberté souffrent de la haine, de l’hostilité et de l’indifférence de l’état à chaque instant de leurs vies et celles qui sont liées à des renégats ou des contre-révolutionnaires rejetés par la société, rencontrent d’énormes difficultés sociales et leurs enfants aussi.

Les femmes appartenant à des familles qui ont perdu leurs soutiens de famille sont obligées de travailler très dur souvent aux dépens de leur propre santé. Les contraintes financières les obligent à courir sans cesse d’une endroit à un autre et les normes sociales et culturelles ne les autorisent parfois même pas à mendier.

Auparavant c’était le père, le frère, le mari qui protégeait respectivement sa fille, sa soeur, sa femme, sa mère, mais la situation actuelle du Cachemire a renversé les rôles. Les femmes soutiennent les hommes de leur famille qui ont de gros problèmes ; les normes sociales interdisent aux femmes d’aller dans les postes de police, les camps de l’armée et les centres de torture ; et, quand la situation l’exige, elle le font aux dépens de leur réputation.

Les mariages d’enfants se multiplient dans les zones lourdement militarisées afin d’éviter les viols et les agressions par l’armée. Les filles abandonnent de plus en plus l’école afin d’échapper aux persécutions et au harcèlement de l’armée sur la route de l’école. La police a forcé plusieurs jeunes filles à épouser des personnes importantes et des contre-révolutionnaires et celles qui refusaient étaient violées et tuées. Il n’y a pas de statistiques du nombre exacte de viols commis contre les femmes au Cachemire mais une étude a été réalisée par Médecins sans Frontières, une ONG internationale en 2006 "Cachemire : violence et santé" et 11,6 % des personnes interrogées ont reconnu avoir été victimes de violences sexuelles depuis 1989. Presque deux tiers des gens (63,9 %) interrogés par MSF connaissaient des cas de viols survenus pendant cette même période. L’étude révélait que les femmes du cachemire étaient celles qui subissaient le plus de violences sexuelles au monde. Le chiffre est beaucoup plus élevé qu’en Sierra Leone, Sri Lanka, Tchétchénie et Ingouchie. Beaucoup d’adolescentes suivent une thérapie pour faire face aux impacts psychologiques croissants des atrocités perpétrées contre les femmes par les soldats et les policiers. Le taux de suicide des femmes du Cachemire augmente et les ramifications du conflit ont contribué à sa forte croissance chez les femmes.

Les femmes du Cachemire sont victimes de trafic sexuel et elles sont prostituées parfois pour de l’argent mais le plus souvent sans contrepartie. L’échelon le plus bas des officiers de la police spéciale (SPO) est souvent partie prenante de ce cercle vicieux : ils épousent une fille puis la vendent à d’autres ou la force à consentir des faveurs sexuelles aux officiers de plus haut rang. Ces femmes qu’on force à se prostituer sont aussi utilisées comme mukhbirs (espionnes) ou elle sont obligées d’attirer d’autres filles dans le réseau engendrant ainsi un cercle vicieux qui ne laisse aucune chance aux filles. La pratique de promettre un travail aux jeunes filles pauvres pour les exploiter sexuellement a été dévoilée dans toute son ampleur par le scandale sexuel des VIP de 2006 dan lequel des officiels de haut rang de la police, des hauts fonctionnaires et des politiciens ont été incriminés dans l’exploitation sexuelle de jeunes filles locales qui étaient toutes éduquées, et parfois avaient même des licences et des doctorats. Toutes n’étaient pas pauvres mais toutes avaient besoin d’un emploi pour atteindre un certain niveau social ; au Cachemire il est désormais devenu difficile aux jeunes filles sans emploi de trouver un mari correct parce que le marché du mariage exige que les filles aient un emploi, et plus le salaire est élevé plus la jeune fille a des chances de faire un bon mariage ; cet état de chose pousse les filles a faire des pieds et des mains pour se procurer une bonne situation et les met à la merci des trafiquants sexuels qui dans le cas cité plus haut se trouvaient être des hommes hauts-placés.

L’exploitation des femmes du Cachemire continue sans rémission et il parait évident que les filles sont aujourd’hui envoyées se prostituer dans d’autres états et tôt ou tard le peuple du Cachemire prendra conscience de toute l’horreur de la situation.

Le dernier recensement de la population de 2011 a mis en lumière différents faits choquants concernant les femmes du Cachemire : l’un d’entre eux, le déclin du pourcentage de femmes dans la population, aura de sérieuses conséquences dans l’avenir ; des leaders ont conseillé aux hommes de devenir homosexuels mais il serait préférable de comprendre la cause de la chute du pourcentage de femmes qui est passé de 906 femmes pour 1000 hommes en 2001 à 883 en 2011. Une des raisons de cette baisse drastique est la présence de l’armée au Cachemire qui détruit la virginité des femmes en toute impunité : malgré les nombreux viols et agressions sexuelles perpétrés par les soldats, aucun coupable n’a été poursuivi et les parents ont compris qu’ils ne pouvaient pas se permettre de prendre le risque d’avoir des filles. D’autres raisons comme la dot, l’hostilité patriarcale contre les petites filles, le chômage et beaucoup d’autres choses expliquent les brutaux avortements de foetus féminins qui se perpétuent malgré les enseignements du Quoran contre ces pratiques inhumaines, sauvages, ignobles et dangereuses. Beaucoup de bébés filles sont abandonnés dans les hôpitaux, leur statut est problématique, beaucoup sont adoptés et les autres recueillis dans les orphelinats et les maisons d’accueil qui n’ont pas de cadre approprié pour eux. Les militants pour les droits sociaux et les droits des enfants ne savent pas comment résoudre ce problème.

En ce 21ième siècle, les femmes du Cachemire sont confrontées à une infinité de problèmes dans un coin du monde où les femmes ont encore beaucoup d’inhibitions et sont loin d’être maîtresses de leur destin. Les femmes du Cachemire ont adopté et assumé les nouveaux rôles que le conflit leur a imposé mais le déni perpétuel de justice, l’absence d’égalités des droits, les préjugés structurels de la société dont elles sont victimes, l’absence d’institutions pour les aider, la marginalisation de leur revendications, le refus de les écouter et de reconnaître leurs sacrifices et leur contribution les a profondément blessées, a augmenté leur fardeau, a miné leur courage, détruit leurs espoirs et étouffé leurs voix. Cependant en dépit de tous ces obstacles elles jouent un rôle significatif dans l’unité de la famille et de la société. Elles encouragent les hommes à persévérer dans la lutte contre les atrocités de l’occupation. Toutes les guerres modifient le rôle des femmes et dans la plupart des cas elles s’y adaptent, comme elles l’ont fait au Cachemire ; ces nouveaux rôles ont à la fois des aspects positifs et négatifs suivant la manière dont elles sont exposées au conflit, le niveau de leur exposition et son impact sur la vie des femmes.

Quels autres rôles les femmes devront-elles assumer au cours de ce conflit et quelles autres conséquences désastreuses aura-t-il sur elles ? Cela seul le temps nous le dira !!

Mushtaq Ul Haq Ahmad Sikander

Mushtaq Ul Haq Ahmad Sikander est une militante et un écrivain de Srinagar au Cachemire et on peut la joindre à sikandarmushtaq@gmail.com

Pour consulter l’original : http://countercurrents.org/sikander050911.htm

Traduction : Dominique Muselet

à lire

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 08/09/2011 à 21:44:54

Thami BOUHMOUCH


« Nous avons amené la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables assassinats commis au hasard, la misère, la dégradation et la mort au peuple irakien... » - Harold Pinter (Prix Nobel de littérature)

« L’opération humanitaire » en Libye, qui a été menée tambour battant par les Etats-Unis et l’OTAN, a débouché finalement sur un désastre abominable. Le but de cette équipée guerrière, on le sait, était de faire main basse sur le pétrole et les ressources financières du pays (en plus de déstabiliser la région). Non pas que les sociétés multinationales n’aient pas eu déjà accès à l’or noir, mais il s’agissait expressément pour celles-ci de modifier les termes des contrats d’exploitation (particulièrement favorables au pays) afin de ne plus payer que des droits symboliques...

Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous : les puissances occidentales ont constamment mis la main, d’une façon ou d’une autre, depuis très longtemps, sur les ressources d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie. Les guerres sont pratiquement toujours de nature économique, en ce sens qu’elles tendent à servir les intérêts de grandes firmes bien déterminées. Un système basé sur la course au profit maximum impose littéralement aux multinationales de dominer et de piller les pays « périphériques ». Du reste, étouffés par le poids de la dette, ces pays ne peuvent opposer aucune résistance significative au pillage (c’est à cela justement qu’aboutissent les formules concoctées par le FMI et la Banque Mondiale).

Admettons donc : les multinationales sont « objectivement obligées » de s’emparer des ressources d’autrui, parce que sinon leurs rivaux ne tarderont pas à le faire. Soumises à une compétition acharnée à l’échelle du monde, elles ont besoin d’accéder aux matières premières sans restriction, d’exploiter le travail bon marché, de trouver des débouchés pour leurs capitaux et finalement de contrôler les voies stratégiques des flux commerciaux… Hélas, les forfaits commis ne se limitent pas aux richesses extorquées. Les rapines s’accompagnent toujours d’exactions et de crimes organisés. Les uns ne vont pas sans les autres ; ils sont intimement associés.

Il y a plus de deux mois au sujet de la Libye, le CRG (Center for Research on Globalisation) a révélé le recours par l’OTAN à l’uranium appauvri. (1) On ne se contentait donc pas d’envoyer les chasseurs-bombardiers sur les maisons, les hôpitaux et autres infrastructures majeures. Il fallait aussi que des bombes couplées à cette joyeuseté du génie militaire (et de la science) pleuvent par milliers sur la population libyenne. « Dans les empennages des missiles Tomahawk se trouvent des barres d’uranium appauvri de 300 kilos. Si l’on pense qu’un projectile anti-char construit avec du métal d’uranium appauvri en contient environ 30 gr. seulement, on peut imaginer la quantité de poussières d’uranium qui se répand dans l’atmosphère dans les zones d’impact… Là-dessus le silence est total  ». (2)

Oui, motus et bouche cousue. Aucun officiel, aucun journaliste (des médias dominants), aucun de ces « experts » qui hantaient les talk show n’avaient fait allusion à cette pluie d’uranium appauvri, une pluie mortelle et sans pitié qui attendait les civils libyens.

Ceux qui consentent aux crimes, fournissent des raisons pour les blanchir ou prennent le parti de se taire sont sans doute plus abjects que les criminels eux-mêmes. Martin Niemöller, un pasteur protestant, disait (années trente) : « Car il est des silences coupables, plus assassins qu’aucune parole, qu’aucune arme peut-être. Car il est des silences complices dont le nombre fait la force, et la force la loi. Celle des majorités silencieuses qui sert de caution et d’alibi aux crimes contre l’humanité ». (3)

Une « opération humanitaire pour protéger la population civile  » a-t-on dit et répété. Les maitres du monde sont habitués aux subterfuges les plus éhontés. Et les dégâts et pertes en vies humaines sont incommensurables. « Contrairement à ce que la sémantique pourrait laisser entendre, elles [les bombes à uranium appauvri] constituent des armes terrifiantes de destruction massive. Les bombes à uranium appauvri ont été utilisées pour la première fois par Israël dans la guerre du Kippour (octobre 1973) contre l’Egypte. Elles furent ensuite utilisées au Liban, par Israël, et en ex-Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan et en Libye par les USA et diverses “coalitions” occidentales. Elles furent également utilisées par Israël à Gaza (enquête de l’association ACDN). Les bombes à uranium appauvri génèrent cancers, mutations et stérilités dans ces pays-mêmes ou chez les militaires participant aux opérations. [... Elles] libèrent des isotopes dont la durée de vie est de plusieurs milliards d’années ». (4)

Les néo-colonisateurs avides et astucieux sont conduits à détruire méthodiquement les infrastructures et tout ce qui tient debout. La moindre des choses, disent-ils, serait d’avoir l’opportunité plus tard de tout reconstruire (contre espèces sonnantes et trébuchantes). Soit… mais pourquoi contaminer les terres et l’atmosphère par l’uranium appauvri ? Pourquoi utiliser des armes dont l’impact est destiné à durer dans le temps ? Pourquoi générer les cancers, les stérilités et les malformations génétiques à la naissance ? Ce n’est donc pas une simple question de rivalités commerciales, de course au profit, de pétrole, de priorité de contrats mirifiques accordée par les nouveaux satrapes ?

L’administration étasunienne (celle de Bush et celle d’Obama), qui a soutenu et couvert politiquement le recours aux formes de torture les plus cruelles (dont la privation sensorielle), utilise volontiers et vend un peu partout les bombes au phosphore blanc et les grenades antipersonnel. De la même manière qu’elle s’est opposée à la création de la Cour Criminelle Internationale, elle a refusé de signer le traité interdisant les bombes à fragmentation parrainé par l’ONU et adopté par 111 pays en mai 2008.

L’Irak, l’Afghanistan et tous les pays que l’Empire et ses vassaux ont voulu « libérer » à coups de missiles, de F-16, d’uranium appauvri et de bombes à fragmentation, sont livrés aux hécatombes, à la détresse et au chaos. Des crimes commis en toute impunité (une résolution contre l’Otan est-elle envisageable ?). En Irak, comme le relève W. Blum, « plus de la moitié de la population est soit morte, mutilée, en prison ou en exil à l’étranger... leur air, leur sol, leur eau, leur sang et leurs gênes sont imprégnés d’uranium appauvri... les enfants naissent avec d’abominables déformations... des bombes à fragmentation n’attendent qu’un enfant pour exploser... une rivière de sang coule aux côtés de l’Euphrate et du Tigre... dans un pays qui ne sera peut-être jamais reconstruit  ». (5)

Dans le même sens, P. Sacré écrit : « L’uranium appauvri permet d’augmenter la puissance de perforation des obus contre des cibles blindées ou des bâtiments. Soyons certains que l’Iran aura sa ration d’uranium appauvri, si la “diplomatie” échoue. Depuis le déferlement “libérateur” des hélicoptères et des tanks anglo-saxons […], les habitants de Fallujah [en Irak] ont 4,22 fois plus de risques de développer un cancer que les Egyptiens ou les Jordaniens. Cette probabilité est 12,6 fois plus grande chez les enfants de moins de 14 ans. Le risque de leucémie chez les personnes de 0 à 34 ans est 38,5 fois plus élevé. La mortalité infantile atteint des taux record : 80/1000, soit 4 fois les taux égyptien et jordanien. À partir de 2009, ce taux passe même à 136/1000 !! […] Les radiations provoquent des changements au niveau de l’ADN dont les effets se font en général sentir sur les descendants ». (6)

A cela, il faut ajouter les cinq millions d’orphelins irakiens recensés en 2008… Cinq millions ! Il faudrait combien de centres d’accueil, d’associations caritatives pour prendre en charge une telle masse d’enfants désemparés ? Une question, parmi tant d’autres, qu’il faudrait à l’occasion poser aux scélérats de la Maison Blanche et du Pentagone. Décidément, en dehors des sinistrés eux-mêmes, nul ne peut avoir idée de l’ampleur de la catastrophe. Le Mal infligé dépasse les limites du mesurable et paraît irréversible. L’observateur, s’il s’attache à mettre des visages humains derrière les chiffres funestes, en vient à être bouleversé ad nauseam. Il est inconsolable à jamais.

A Gaza, la campagne militaire criminelle, appuyée au grand jour par l’armée étasunienne, contre la population en décembre 2008 est encore dans les mémoires (voir le film poignant « Gaza-strophe »). Les hordes sionistes ne se contentent pas de déporter les Palestiniens, de détruire leurs maisons et leurs oliviers, de les enfermer dans d’énormes enclos à ciel ouvert, de voler leur eau, d’emprisonner leurs enfants de douze ans, de bombarder leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs ambulances, de leur concocter des bains de sang à répétitions… Un étudiant et blogueur palestinien de 21 ans, vivant à Gaza, en dit ceci : « Ils [les israéliens] ont dû se dire : ils ne seront pas capables de tolérer la vie d’enfer que nous allons leur faire mener, nous allons les étouffer de tous les côtés, nous leur causerons tant de douleurs qu’ils ne tarderont pas à imploser ». (7)

Les leaders sionistes s’en lèchent les babines. Et ce Peres, connu notoirement pour sa fourberie répugnante et jouissant du ramollissement cérébral des dirigeants occidentaux... On raconte que lors de sa rencontre avec Angela Merkel, il s’est plaint (je cite de mémoire) que « les élections [législatives palestiniennes de 2006] ont conduit à un mouvement radical et dangereux et les pauvres habitants de Gaza n’ont jamais eu droit à un seul jour de démocratie »… Pour la peine, on largue les bombes, on répand le feu tous azimuts. A défaut de « démocratie », allons-y pour le nettoyage ethnique et le génocide. Résultat : 1.400 morts, en plus des infrastructures dévastées.

L’agression meurtrière appelée « Plomb durci » est qualifiée d’action « défensive ». L’idée n’est pas compliquée : éradiquer le Hamas – une organisation terroriste, cela va sans dire – c’est lutter contre l’Iran. Comme l’Europe est censée avoir peur de ce pays, elle applaudit avec ardeur et sans se faire prier. Lorsqu’on n’a rien compris au sionisme, pourquoi se garderait-on de le faire ? Pour reprendre le mot de N. Chomsky, « il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire ».

Pappé considère que l’invasion israélo-américaine de 2008 constitue déjà un génocide, que cette « catastrophe humanitaire d’envergure inimaginable », exigerait qu’Israël soit « relégué au statut d’Etat paria ». Comme le rapport Goldstone, Chomsky considère qu’une telle agression est une manifestation indiscutable du terrorisme d’état. C’est la preuve de « l’indifférence pervertie » du tandem Israël–USA pour la vie humaine. (8)

Le massacre, en effet, est orchestré à coup de bombes à uranium appauvri et au phosphore blanc (interdites par les conventions internationales). Les médias aux ordres se sont fait un devoir de préciser qu’« Israël avait mis les Palestiniens en garde avant les bombardements ». Un malfrat prévient un quidam qu’il sera bientôt agressé ou assassiné ; une fois la nouvelle annoncée, la voie est libre. Aucun reproche n’est ainsi possible. Et pour que chacun comprenne bien la chose, les plumitifs se sont empressés d’ajouter que « c’est le Hamas qui a rompu unilatéralement la trêve ».

C’est ici que la leçon des Nazis vient à l’esprit, comme le rapporte Alan Hart, (auteur de “Zionism, the Real Enemy of the Jews”) : « plus le mensonge est grand, plus on le répète, plus il aura de chances d’être cru dans un monde majoritairement composé de Gentils, de judéo-chrétiens ou d’occidentaux ; et cela d’autant plus si les grands médias sont terrifiés par l’idée d’offenser tant soit peu le sionisme  ». (9) Vittorio Arrigoni, notons-le au passage, était le témoin objectif et éloquent des répressions et des tueries avant, pendant et après l’invasion de Gaza. On a fini par l’assassiner.

La soldatesque sioniste se venge de quoi ? La haine a divers mobiles plus ou moins conscients : la victoire du Hamas aux élections législatives en 2006 (les Palestiniens n’avaient pas voté comme il le fallait), la défaite subie la même année au Liban (par une armée pourtant « invincible »), les roquettes artisanales rares et quasi inoffensives (lancées approximativement par des civils démunis), la capture par le Hamas de ce brave soldat israélien (réclamé à cor et à cri par tous les humanistes de la planète), le courage et la ténacité héroïques des Palestiniens (le blocus n’a pas réussi à briser leur volonté de résistance) et surtout leur primauté incontestable sur la terre de Palestine.

N’avez-vous pas remarqué ? Lorsque les médias évoquent les atrocités commises contre les civils palestiniens sans défense, c’est toujours d’une façon expéditive et impassible (sans parler des mensonges). Comment expliquer ce manque flagrant de sensibilité morale et de compassion ? L’accusation d’antisémitisme brandie à tout bout de champ par les porte-paroles du sionisme est-elle à ce point paralysante ?

L’évidence surgit : tous les humains sont égaux, mais certains moins que d’autres. « Le 11 septembre 2001, se demande P. Sacré, est-il plus insupportable que le bombardement de Gaza, l’opération Plomb Durci, au moyen d’armes génocidaires, sources de souffrances horribles, interdites par les conventions de l’ONU et utilisées sur des civils (uranium appauvri, phosphore blanc) ? Tous ces morts, ce jour-là, sur le sol étatsunien, valent-ils plus que des civils Palestiniens, des Roms ou des Somaliens ? Le 11 septembre 2001 est-il plus condamnable parce que ce sont les tours dorées du World Trade Center, symboles de l’Occidental Way of Life, qui ont été pulvérisées plutôt qu’un taudis en Cisjordanie, un village indonésien, ou une caverne en Afghanistan ? » (10)

Voilà où l’on en est. L’ivresse de la suprématie technologique et militaire, la violence bestiale, les mensonges et l’injustice auront-elles une limite ? Le monde peut-il être autre chose qu’un espace de rivalités, de rapines et d’agressions immorales ?

Il faut bien se rendre compte : prendre sa plume pour dénoncer l’horreur est un acte pour le moins modeste en regard de personnes exceptionnelles qui font face seules aux menaces et aux agressions (Olivia Zemor), qui sont incarcérées (Bradley Manning, Julian Assange) ou qui ont fini par perdre la vie (Vittorio Arrigoni, Rachel Corrie, Stefano Chiarini). C’est un acte insignifiant sans doute face à l’hégémonie vindicative et cruelle de l’Empire, face aux puissants marchands de canons, face aux ravages occasionnés par les média-mensonges…

Mais les plumes se multiplient, les sites d’information alternative font un travail prodigieux et captent une audience de plus en plus forte. Rien n’est perdu.

Thami Bouhmouch

Professeur Univ. (Casablanca)

http://bouhmouch.over-blog.com/

(1) Cf. http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&amp ;aid=23885 Juin 2011

(2) Pascal Sacré, http://www.michelcollon.info/La-Belgique-part-en-guerre-sans.html Juillet 2011

(3) Cité in http://www.lepost.fr/article/2011/05/13/2494048_cote-d-ivoire-crimes-d-etat-terreur-totale-et-silence-complice-des-medias-francais.html

(4) Dominique GUILLET, http://www.legrandsoir.info/Fukushima-2012-Contamination-radioactive-de-la-chaine-alimentaire-planetaire.html Mai 2011

(5) William BLUM, http://www.legrandsoir.info/N-oublions-pas-a-quoi-ressemble-une-intervention-humanitaire.htmlMai 2011. Je souligne.

(6) Pascal Sacré, http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=SAC20100924&articleId=21175Septembre 2010

(7) Mohammed Rabah Suliman, http://www.legrandsoir.info/Le-siege-israelien-a-libere-la-jeunesse-de-Gaza-Electronic-Intifada.html Juin 2011

(8) Cités par Javier SETHNESS, http://www.legrandsoir.info/La-crise-infligee-par-les-Sionistes-a-Gaza-Dissident-Voice.html Mars 2011

(9) Alan Hart, http://www.alterinfo.net/Le-sionisme-demasque-un-conte-de-fees-qui-est-devenu-un-cauchemar-terrifiant_a42775.html Février 2010

(10) Pascal Sacré, http://www.legrandsoir.info/Reflexions-a-froid-sur-le-11-septembre-2001.html Septembre 2010.

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 07/09/2011 à 07:29:07

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???

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 05/09/2011 à 17:14:17

Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Chavez ou Castro qui se plieraient aux diktats des impérialistes et des colonialistes...?

- Quand 5 frères et camarades sont enfermés dans les geôles étasuniennes depuis 13 ans?

- Quand le régime colombien de Bogota est inféodée aux USA qui ont bâties des bases militaires secrètes sur le sol colombien ?

Quand des tueurs sont protégés par la CIA et la NSA?

Soutien complet à nos camarades basques !

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Elena Barcena Argüelles, Francisco Javier Pérez Lekue et José Ignacio Etxarte Urbieta,trois membres présumés d’ETA ont été arrêtés mercredi 31 août au Venezuela à bord d’un petit bateau sur lequel ils auraient quitté Cuba.

Etxarte Urbieta, alias Rizos ou María Antonia, est l’un des six membres présumés de l’ETA poursuivis par la justice espagnole dans le cadre de liens supposés entre l’ETA et les FARC.

La justice avait délivré un mandat d’arrêt international et demandé son extradition à Cuba.

Pour sa part, Elena Barcena (photo), présentée par la police comme "responsable du commando La Piedra" qui opérait dans la zone de Saint-Sébastien, est accusée d’avoir participé à plusieurs enlèvements.

Arrêtée en France en 1985, elle fut extradée un an plus tard par les autorités françaises au Cap Vert d’où elle avait fui vers Cuba via l’Angola. Pérez Lekue est, lui, accusé d’être membre du "commando Madrid" de l’ETA, au milieu des années 1980.

hommage à Charlie

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 27/08/2011 à 13:45:32

Charlie Bauer solide et solidaire

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Charlie Bauer dessiné par Large http://large.canalblog.com/

Je viens d’apprendre, tristement, la nouvelle par ce portrait sur le site du dessinateur Large.

Ayant choisi comme toi Montargis comme ville d’adoption,

je t’ai rencontré en juin Charlie Bauer,

j’ai apprécié ton esprit solide et solidaire,

ton soucis de respect des militants, de la base,

des indiens qui n’ont nul besoin de grands chefs à plumes,

de ceux qui se battent au quotidien, de ceux qui ne désarment pas,

de ceux qui travaillent dans l’action réelle,

de ceux qui sont aux portes-à-portes de l’espoir,

de ceux qui sont dans l’intervention des masses et dans le travail de prise de conscience des classes sociales et de la société encastée qui est malheureusement nôtre,

de ceux qui refusent l’acceptation, la résignation, le fatalisme, l’abstention,

de ceux qui ne se contentent pas d’indignation,

de ceux qui veulent mettre en oeuvre, construire,

de ceux qui sont prêts à aller rechercher les travailleurs qui se fourvoient dans les réflexes nauséabonds du refus de l’autre afin de leur réapprendre leur classe, leur exploitation et le besoin réel d’une lutte collective,

de ceux qui veulent transformer l’appareil pour reformer l’outil révolutionnaire

et qui signent de leurs simples outils tous leurs textes communs.

Je t’ai apprécié Charlie,

et lorsque nous nous sommes quittés

avec le fraternel tutoiement qui s’était imposé

je ne savais pas que sa poignée de mains

si chaleureuse serait première et dernière.

J’entends encore ta voix

me dire la fierté

de porter le nom de communiste,

et la qualité de ce mot

qui fait et fera encore lever

l’humanité pour se battre

et servir l’intérêt commun

et voir se créer cette société nouvelle

qui nous sortira de la barbarie.

Cher camarade, je suis très fier

d’avoir pu te rencontrer

dans cette rue Dorée qui porte si bien

le sens de ce que nous combattons ensemble.

Je garde au coeur ses quatre mains

qui s’enserrent pour dire

combien est vif notre combat commun

et l’utopie qu’il porte

tel le besoin d’oxygène.

Salutations fraternelles

à toi par delà le temps,

à tes proches, à ta famille,

à tes amis, tes camarades.

Fabrice Selingant (Le Rouge-gorge)

COUPABLE ?

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 26/08/2011 à 08:10:39

Coupable tant que son innocence n’a pas été prouvée (Information Clearing House)

Yasmeen El KHOUDARY

Les frappes aériennes israéliennes se poursuivent à Gaza où les gens se sentent piégés et abandonnés du monde entier.



22 août 2011"Al-Jazeera" — la mini-guerre conduite par Israël sur Gaza suite aux incidents survenus au sud d’Israël est une preuve supplémentaire que Gaza est le "plus grand perdant" du Moyen-Orient. Coincés dans un réseau épineux d’intérêts égoïstes et d’objectifs différents, les 1,5 million d’habitants de Gaza sont vraiment les grands perdants, quoiqu’il arrive au Moyen-Orient.

Nous ne sommes pas maîtres de notre destin. Le contrôle nous échappe jusque dans les plus les moindres détails de notre vie. Nous n’avons pas le luxe de faire des projets pour le lendemain encore moins pour la semaine prochaine. Nous, le peuple de Gaza,, nous essayons de vivre chaque jour comme si tout était normal. Mais il y a des moments où tout va très mal et où tout ce que nous avons essayé de construire s’écroule en un clin d’oeil.

Jeudi soir, nous avons eu une dure nuit avec de nombreuses attaques aériennes israéliennes dans différents endroits de la bande de Gaza, et nous nous sommes éveillés à une nouvelle journée torride de Ramadan qui a été interrompue par la nouvelle de l’attentat d’Eilat où 5 soldats israéliens ont perdu la vie et 36 autres ont été blessés. Immédiatement et sans attendre les détails de l’incident, tout le monde s’est mis à craindre une attaque israélienne sur Gaza.

Cela ressemblait beaucoup à la réaction instantanée des musulmans de Norvège aux attaques terroristes qui ont secoué Oslo dernièrement ; ils craignaient les attaques racistes qui n’auraient pas manqué de se produire si le terroriste avait été musulman. Les médias ont constitué d’ailleurs la principale menace en se hâtant d’attribuer, sans la moindre preuve, l’attaque terroriste à Al Qaeda et aux extrémistes musulmans. Quand le meurtrier s’est révélé être Norvégien les musulmans norvégiens ont poussé un soupir de soulagement.

"Nous ne sommes jamais en sécurité"

Le scénario n’a pas été très différent à Gaza. "L’opération" a tué 5 soldats mais personne ne sait qui est responsable de l’opération. Nous avons d’abord lu des articles disant que l’Egypte était impliquée puis Israël a vite nié toute implication égyptienne avant que l’Egypte ne le fasse elle-même. Tout de suite après est venue la déclaration d’ Ehud Barak accusant "Gaza" des attaques et jurant de "punir les responsables". Comment il est arrivé à cette conclusion, quelle preuve a-t-il, et qui à Gaza est responsable selon lui, nous n’en avons pas la moindre idée (ni lui non plus, me semble-t-il). Ce que nous tenons pour certain c’est que nous sommes maudits et que ce qui nous attend est sans doute une réédition de Cast Lead malgré le fait qu’il n’y ait pas la moindre évidence de l’implication des Gazaouis dans l’opération d’Eilat..

C’est la seule différence entre les musulmans norvégiens et nous. Ces derniers ont retrouvé la sécurité quand la vérité a été révélée, tandis que nous, nous ne sommes jamais en sécurité- que la vérité soit faite ou pas. Que ce soit Israël, le Hamas, l’Autorité Palestinienne, l’Egypte, les USA, ou qui que se soit qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment, c’est nous le peuple innocent de Gaza qui nous retrouvons en train d’haleter sous la botte des ces égoïstes géants chaque fois que quelque chose se produit. Ce qui arrive aujourd’hui n’est pas exceptionnel -et comme d’habitude, personne d’autre ne peut être accusé à tort en toute impunité que le peuple de Gaza. Même si l’Egypte y est pour quelque chose, Israël insiste sur la responsabilité unique de "Gaza" parce que ça lui donne une excuse pour se venger et punir. Je ne serais pas étonnée que le black out des communications qui a été imposé à Gaza il y a 10 jours ne soit le premier d’une longue série et que nous en ayons un autre si une opération militaire est vraiment déclenchée.

Les prières du vendredi dans la bande de Gaza ont calmé les gens perturbés par les rumeurs, les fuites et les spéculations sauvages, les menaces constantes d’Israël et le nombre croissant des personnes tuées et blessées par Israël. Dans des moments comme celui-là, les mosquées jouent un rôle très important en lisant des prières apaisantes, en diffusant les annonces urgentes, etc. Vendredi dernier, cependant, au moment où Israël bombardait Gaza, l’Iman qui menait les prières à la mosquée nous parlait de tout autre chose. Il avait consacré son sermon et ses prières à la Somalie et il demandait aux gens de faire des dons. Cette humanité, cette palpitante conscience humaine et ce respect pour la vie humaine sont les qualités qui caractérisent les Palestiniens même si le monde préfère penser qu’il n’en est rien.

Nous ne savons pas si l’avenir nous réserve un nouvelle cruelle attaque israélienne où nous jouerions le double rôle d’agresseurs et de victimes ou un nouvel épisode d’un décevant feuilleton politique où nous jouerions fois cette le rôle de spectateurs passifs. Nous ne pouvons qu’attendre et voir car c’est ce monde égoïste qui décide de notre sort. Parce que nous, le peuple de Gaza, sommes coupables tant que la preuve de notre innocence n’a pas été faite, en admettant qu’elle le soit jamais.

Yasmeen El Khoudary

Yasmeen El Khoudary est un écrivain freelance de Gaza en Palestine occupée. Elle est diplômée de l’Université Américaine du Caire en Science Politique. Elle a un blog : yelkhoudary.blogspot.com. On peut aussi la suivre sur Twitter :- @yelkhoudary

Pour consulter l’original : http://www.informationclearinghouse.info/article28907.htm

Traduction : Dominique Muselet

MATTIN

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 25/08/2011 à 08:38:06

AIDEZ MATTIN OLZOMENDI

 Le verdict qui a terrassé  mardi 9 août les basques Mattin Olçomendy et Peio Irigoyen est hautement politique car, faisant abstraction des faits, il remet en cause l'idée de la liberté de penser et le droit des accusés au silence qui ont été simplement bafoués pour devenir des arguments majeurs de l'accusation. Il suffit aujourd'hui d'avoir des opinions qui remettent en cause l'unité de la France pour être condamné à de lourdes peines et devenir les boucs émissaires de la lutte contre l'abertzalisme.

 Mattin Olçomendy est, de plus, soumis à l'isolement depuis des mois sans que personne ne s'en émeuve et il est contraint d'être seul dans sa cellule 24h sur 24h, refusant toute promenade en guise de protestation. Le traitement qui lui est infligé  est franchement inhumain : Il a, par exemple, subi une intervention chirurgicale au visage, sous anesthésie, menotté des pieds et des mains en présence de gendarmes armés.

 Au lendemain du verdict politique qui le touche plus particulièrement, il a décidé de ne plus intégrer sa cellule et d'être donc conduit au quartier disciplinaire, « mitard », seule manière de s'élever contre la situation qui l'accable. Il en sera ainsi tant que l'isolement sera en vigueur et qu'il ne soit pas conduit dans un centre pénitentiaire avec d'autres détenus basques.

 « Ils ont amené les juifs, mais comme je n'étais pas juif et je me suis tu, ils ont amené les communistes mais comme je n'étais pas communiste, j'ai détourné le regard, ils ont amené les arabes mais comme je n'en étais pas,  je n'ai rien dit, ils ont amené les basques et comme je ne l'étais pas vraiment,  j'ai laissé faire, ils ont enterré la langue basque à jamais, mais comme je ne la parlais pas, je ne me suis pas senti concerné....  »

 Il est trop facile de fermer les yeux aujourd'hui, car tout le monde se taisait lorsque nous dénoncions la situation du logement en Pays basque jusqu'à ce que tous en soyons directement touchés, lorsque nous nous élevions contre le projet de passage de la LGV, jusqu'à ce que notre paysage en soit touché et nos maisons risquent d'être détruites, lorsque nous dénoncions le traitement réservé à la langue basque, jusqu'à ce qu'elle soit en voie de disparition...

 Une campagne a été lancée pour venir en aide à Mattin. Nous vous demandons de bien vouloir envoyer le modèle de courrier, ci dessous au directeur de prison de Chateauroux:


 M le directeur de la prison de Chateauroux

C.P Le craquelin

Bp 549

36021 Chateauroux cedex

 

 

"A Monsieur le directeur de la prison de Châteauroux

 

Monsieur,

 Je vous adresse ce courrier pour souligner la situation dans laquelle se trouve le détenu politique basque Mattin Olçomendy incarcéré dans le centre pénitentiaire de Châteauroux que vous dirigez.

Depuis quelques mois il est isolé de tout membre du collectif des prisonniers basques et c'est la raison pour laquelle il a refusé ces derniers temps de sortir de sa cellule et de se rendre en promenade.

 Au lendemain de son procès, il a décidé de ne plus réintégrer sa cellule afin d'être mis au quartier disciplinaire en guise de protestation jusqu'à ce que sa pétition soit prise en considération, c'est-à-dire qu'il soit transféré dans un centre pénitentiaire où se trouvent d'autres basques ou qu'il soit rejoint par un ou plusieurs membres du collectif.

 Mattin ne va pas au « mitard » de gaité de cœur mais c'est le seul moyen qu'il ait de protester. De plus l'éloignement auquel il est soumis le punit doublement ainsi que sa famille et ses amis qui lui rendent visite assidûment.

 Le but de ce courrier est de vous demander de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour mettre fin à l'isolement de Mattin Olçomendy car, comme vous avez pu le constater, c'est un prisonnier politique basque et il souhaite pouvoir purger sa peine en compagnie d'autres basques.

Dans l'espoir que cette lettre pourra contribuer à mettre fin à la situation de Monsieur Olçomendy, veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées."

 Merci de votre contribution, mon gendre Mattin vous en remercie.  

 Xabier Soubelet,

ex conseiller municipal de St jean de Luz et ex candidat abertzale aux cantonales.

Daniel Derguy

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 22/08/2011 à 12:47:50

Ce dossier sur le mandat d'arrêt européen (MAE) à l'encontre de Daniel Derguy, a été réalisé avec des articles du numéro spécial de l'hebdomadaire Ekaitza n°1251 du 04/08/2011.

 le 6 juillet 2011 Daniel Derguy est arrêté à Cahors, alors qu’il construit depuis plus de trois ans une nouvelle vie, dans le cadre de la liberté conditionnelle. Les autorités madrilènes ont délivré un MAE à son encontre, au prétexte d’une affaire datant de dix sept années : une lettre piégée où ses empreintes auraient été relevées, postée à Paris en mars 1994 ! Pour la justice française, il y a pourtant prescription. Daniel Derguy a cependant été arrêté, puis relâché sous contrôle judiciaire ; il est passé en procès le 27 juillet 2011 à Agen.

  Un parcours de militant

 Originaire d'Hazparne, et longtemps résidant à Hiriburu, Daniel Derguy, 51 ans, qui a été technico-commercial à Bayonne, est un militant basque connu pour son implication dans les associations de son canton. Arrêté à Paris le 23 juillet 1996, il sera violemment battu par les forces de police à cette occasion.

Trois procès plus tard, il est condamné à 20 ans d'incarcération pour association de malfaiteurs. Comme 695 citoyens basques, Daniel Derguy était membre du Collectif des prisonniers politiques basques. Pendant ses 12 années d'incarcération, il mena toutes les luttes du Collectif, pour la reconnaissance de leur statut de prisonnier politique, le respect de leurs droits, et surtout contre leur éloignement.

 En janvier 2000, il devint l'un des porte-paroles des prisonniers politiques basques, et ce, alors qu'il se trouvait en grève de la faim illimitée depuis le 27 décembre 1999. Cette lutte collective des prisonniers politiques basques détenus en Espagne et en France avait pour but de dénoncer la politique pénitentiaire menée à leur encontre tout en revendiquant le respect de leurs droits.

 Daniel Derguy fera 63 jours de grève de la faim : il en ressortira très affaibli, et avec de nombreuses séquelles physiques, dont il subit encore les conséquences aujourd'hui.

 Des milliers de personnes, des militants, des syndicats, des élus, des partis politiques, s'étaient alors mobilisés pour le soutenir et dénoncer la situation dans laquelle il se trouvait. La presse locale et nationale, en France, avait relayé cette grève de la faim et les soutiens qu'elle avait suscités.

Incarcéré dans de nombreux centres pénitentiaires français, dont les prisons de Fresnes et de Fleury-Mérogis, il achèvera sa condamnation à Clairvaux : il est en libération conditionnelle depuis le 14 mars 2008 après 12 années passées en détention.

 Sa libération a été acceptée sous des conditions très contraignantes, dont la réalisation d'une formation professionnelle de reconversion à Saint-Dizier (dans la région Champagne-Ardenne, à 965 kilomètres de Bayonne), une interdiction de séjour au Pays Basque, en Bretagne et à Paris, d'une durée de 10 ans, et la présentation tous les mois d'attestations de présence à la formation ou d'activité professionnelle, et ce pendant 5 ans.

 Daniel Derguy réalisera cette formation en ébénisterie à Saint-Dizier, à près de 1 000 km de sa famille et de sa compagne.

 A la fin de sa formation professionnelle, il obtient l'autorisation de s'installer à Cahors, où il trouve un emploi dans un magasin de mobilier. Ayant, depuis quelques mois, la possibilité de prendre ce magasin en gérance, il devait s'en porter acquéreur et signer l'acte de vente le 6 juillet dernier, le jour de son arrestation.

 Depuis sa libération conditionnelle, Daniel Derguy s'est totalement investi dans son projet professionnel, respectant toutes les mesures de contrôle qui lui avaient été imposées et se projetant dans une reconversion à Cahors en prenant la gérance d'un magasin.

 Son arrestation le 6 juillet pour la notification d'un mandat d'arrêt européen émis par les autorités espagnoles, pour des faits qui auraient été commis en 1994, soit il y a 17 ans, vient mettre à mal tout ce projet. L'activité même de son magasin en subit un grave préjudice, car même en cas de non-application de ce mandat d'arrêt, il sera difficile d'effacer les effets négatifs de cette arrestation très médiatique.

 Ce mandat d'arrêt européen porterait sur un scellé vieux de 17 années, une lettre piégée désamorcée de mars 1994, où une empreinte digitale aurait été retrouvée sur une carte de visite qui se trouvait dans l'enveloppe.

Suite à son arrestation à Cahors le 6 juillet 2011, il a été présenté à la Cour d'appel d'Agen (Lot-et-Garonne), de nouveau incarcéré en attente de procédure, le juge considérant qu'il n'avait pas de garantie de représentation (alors qu'il travaille et doit signer l'acte d'achat de la gérance d'un magasin !...). Incarcéré d'abord à Agen, puis à Gradignan, Daniel Derguy réagit à cette injustice flagrante en entamant dès son arrestation une grève de la faim illimitée.

 Après 8 jours de grève de la faim, 7 kg perdus et en raison de sa détermination dans son action, il est remis en liberté le 13 juillet. Un délai supplémentaire pour préparer sa défense ayant été accordé, il reste libre, sous contrôle judiciaire, jusqu'au 27 juillet, où son MAE a été examiné à Agen. La justice indiquera le 17 août prochain si elle accepte ou non ce MAE.

 Rappelons que le 15 mars 2011, Thomas Hammarberg, le commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe, a dénoncé le recours excessif au mandat d'arrêt européen en ces termes : " Les problèmes (en rapport avec le MAE) semblent s'être aggravés avec l'augmentation du nombre des MAE : on en compte en moyenne plus d'un millier par mois. (...) L'application de ces procédures a entraîné des violations des droits de l'homme. " Le recul des libertés fondamentales qui en découle en Europe est manifeste, et l'acharnement des autorités françaises et espagnoles à faire en sorte qu'un citoyen basque de nationalité française soit livré à l'Espagne a de quoi inquiéter. Après une tentative pour l'instant avortée avec Aurore Martin, les deux États reviennent à la charge avec Daniel Derguy, pour des faits remontant à 1994 et qui sont en relation avec d'autres faits pour lesquels ce militant basque a déjà accompli 12 ans de prison, suivis de restrictions très strictes dans le cadre de la libération conditionnelle dont il bénéficie depuis trois ans. Et cela alors qu'un processus de paix est en cours au Pays Basque. Une forte mobilisation s'est rapidement mise en place contre ce nouveau MAE, de nombreux élus du Pays Basque, conseillers régionaux, Conseillers Généraux, Maires, conseillers municipaux, ayant signé une pétition par laquelle ils demandent au Gouvernement français l'abandon des poursuites à l'encontre de Daniel Derguy, l'arrêt de l'utilisation du MAE à des fins politiques, et enfin son implication dans la recherche d'une solution au conflit politique au Pays Basque.

 Les troubles qu'avait connus le Pays Basque Nord il y a 11 ans à l'occasion de diverses manifestations de soutien à Daniel Derguy en grève de la faim durant 63 jours dans des conditions rendues inhumaines par l'administration pénitentiaire n'ont-ils pas servi de leçon ? Y a-t-il encore quelqu'un qui doute de la détermination de Daniel à se servir de la dernière arme qui lui reste, son corps, pour imposer son droit à la dignité et à la liberté ? N'a-t-il pas suffisamment payé pour mériter de votre part respect et considération ?

  " Je ne peux pas accepter "

 Compte tenu des événements, nous avions demandé à Daniel Derguy s'il était possible de nous entretenir avec lui après le procès d'Agen dont le contenu devait en partie déterminer son attitude. Nous nous sommes donc rencontrés le soir du procès à Cahors. Les circonstances ont fait que plutôt que de mener une interview, nous sommes entrés dans une discussion à bâtons rompus qui nous a permis de percevoir plus précisément l'état d'esprit et l'engagement de Daniel. Cet article n'est donc pas présenté comme une interview mais sera ponctué par les déclarations et les réflexions de Daniel, au-delà de sa propre personne.

C'est autour d'une table garnie que s'est déroulée la discussion, en abordant les sujets sans véritable chronologie. Pour la commodité des lecteurs nous avons donc essayé de remettre un peu d'ordre dans tout ça et, chronologiquement, de faire comprendre les motivations de Daniel et les enjeux de son combat, un combat qui ne s'arrête pas à sa seule personne et que nous devons tous engager de manière non équivoque.

 La case prison

 Ce nouvel épisode a commencé le mardi 6 juillet lorsque des policiers en civil sont venus arrêter Daniel pour le conduire en prison avant de l'emmener devant le tribunal d'Agen chargé de prendre la décision d'accorder ou non le mandat d'arrêt européen émis par l'Etat espagnol.

 " J'ai vu des hommes arriver, j'ai tenté de mettre la clef dans la serrure du magasin pour entrer, mais je n'en ai même pas eu le temps. Tout s'est passé très vite. Ils m'ont embarqué dans une voiture et m'ont ensuite montré leur brassard, ce qui n'avait pas été fait avant. Même les voisins ont cru qu'il s'agissait d'un enlèvement. " Les policiers étaient des costauds, selon Daniel, les mêmes qui avaient tenté d'arrêter Aurore Martin ? Peut-être, en tout cas, ils appartenaient à la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) de Baiona.

 Tout va alors très vite, l'acheminement vers Agen où doit lui être signifiée l'émission d'un mandat d'arrêt européen par l'État espagnol. Retour à la case départ. Et un premier passage devant les juges, à Agen. Où l'on signifie à Daniel qu'il est l'objet d'un mandat d'arrêt européen selon de nouveaux faits apparus. Et l'embrouillamini qui s'en suit. Que faire ? Il fallait prendre sa décision et rester en cohérence avec la démarche actuelle de la gauche abertzale.

 Pendant ce temps, Daniel était incarcéré à Gradignan. " Ça fait bizarre [doux euphémisme] de se retrouver en prison. J'ai revécu de drôles de choses. " On y retrouve les mêmes lieux mais surtout, les mêmes liens. " Les détenus viennent te voir, comme pour les nouveaux. " Mais il y a aussi l'attitude de la direction, qui demande que Daniel soit avec une autre personne dans la cellule, on ne sait jamais. Même avec un autre détenu basque. Il n'ignore pas que Daniel est en danger.

 Quelle possibilité d'action ?

 Daniel comprend très vite que sa marge d'action est limitée. Étant seul concerné, il faut choisir une méthode d'action qui soit efficace. Il a déjà, lors d'une campagne menée collectivement, effectué une grève de la faim de plus de 60 jours. Et ce, avec des conséquences irréversibles pour son corps. A ce moment se confirme le choix d'un engagement, un choix on ne peut plus logique : " Il y a trente ans que je lutte et que je me suis engagé, ce n'est pas pour accepter ça ! " Daniel, dès le premier passage devant le juge, a refusé d'être remis aux mains aux autorités espagnoles. Et il affirme que si cela doit être fait, " ce sera entre quatre planches. " Lorsqu'il exprime ce choix, Daniel est très clair, et il pense aussi aux autres. Ce mandat a été accepté pour Aurore, mais il n'a pu être appliqué. Après cet échec du gouvernement français, il fallait une autre victime. Tout simplement pour créer un précédent. " S'il y en a un qui passe, c'est la porte ouverte ", autrement dit, à une extension de la pratique. Il s'agit de résister pour lui-même mais aussi contre une mesure juridique d'exception qui pourrait conduire un certain nombre de militants à une détention définitive.

 Une première étape

 Daniel se déclare en grève de la faim et dans un premier temps, la représentante de l'État s'oppose à une remise en liberté de Daniel. Mais, lorsque Daniel est présenté devant le tribunal d'Agen, sa liberté conditionnelle ne pose pas de problème. Avec une première échéance, celle du 27 juillet, date de l'examen du MAE par la cour d'appel d'Agen.

 Etat d'esprit

 Ces événements se sont succédé en peu de temps. La situation était, pour Daniel, tout à fait inattendue : " J'ai pris un pet. " Rien ne laissait supposer qu'il puisse être de nouveau dans le collimateur de la justice française. Remis en liberté conditionnelle, il avait entamé une autre vie, dans les clous délimités par la loi. Et lorsque la nouvelle arrive, tout s'écroule. Et c'est le militant qui réagit, revenant inexorablement sur son parcours, l'engagement, la clandestinité, la prison. Quelle décision fallait-il prendre " après trente ans passés là-dedans ? " Et il a pris sa décision : " Chaque fois qu'ils passeraient quelqu'un, ils auraient devant les yeux le cadavre de Daniel Derguy. " Et ce n'est pas une réaction désespérée : " J'aime la vie ! "

 Il ne fallait pas attendre et Daniel avait décidé que si l'avocate générale demandait l'application du MAE, il se mettait immédiatement en grève de la faim. Cette décision a été soumise à critique de la part de ses proches qui se sont évertués à lui dire qu'il risquait sa vie s'il entamait ce mouvement. Les conséquences de sa précédente grève de la faim pèsent lourd dans la balance : " On m'a dit que j'ai les reins d'un type de 80 ans. " Mais du point de vue politique, il s'agit d'une décision qui a ses conséquences sur l'ensemble du mouvement abertzale et peut-être au-delà : " Je ne pouvais pas accepter ! " Et lorsque ces mots sont prononcés, on sent bien que les années de lutte et les sacrifices effectués pèsent énormément dans la balance. Pas seulement les siennes mais aussi celles de ceux et celles qui se sont engagés de la même manière et qui sont susceptibles d'être, demain, les victimes d'un nouvel MAE.

 La pression matérielle

 L'arrestation de Daniel a eu lieu alors qu'il devait recevoir une livraison de meubles qui devait lui permettre de démarrer du bon pied sa nouvelle activité commerciale. Coïncidence ou savant calcul du bureau des Affaires basques, on peut tout supposer ? Mais les ennuis ne s'arrêtent pas là puisqu'il reste en attente d'un verdict le 17 août. En attendant, l'emprunt négocié reste en suspens. Comment faire sans trésorerie alors que le commerce vient d'être déclaré et que les frais courent, loyer, fournisseurs et autres ? " Il va falloir assurer, de toute façon, on n'a pas le choix ", et Chantal, sa compagne, de confirmer qu'il faudra faire avec les moyens du bord.

 Serein mais vigilant

 Lors du procès d'Agen, l'avocate générale a prononcé un réquisitoire expliquant que le mandat d'arrêt européen émis contre Daniel avait de bonnes raisons de n'être pas accepté. Mais, car il y a toujours un mais, elle a bien précisé que la décision ne lui appartenait pas et que le tribunal était seul chargé d'argumenter le verdict définitif. Dans d'autres circonstances, au vu du réquisitoire, on serait d'un optimisme débordant. Mais ce réquisitoire a été prononcé avec les formes et ne demande pas clairement l'abandon du MAE. Certes Daniel se déclare serein, mais comme il le dit lui même : " Il ne faut jamais baisser la garde, dès qu'on le fait, tu vois ce qui arrive. " Il s'agit donc de rester vigilant sur ce qui ressemble de plus en plus à un sabotage en règle du processus en cours. Un processus que défend Daniel qui prône une véritable unité de la gauche abertzale, surtout dans les actes. Comment ne pas évoquer les années passées sur des stratégies parallèles ? " Á l'époque, nous nous sommes fait très très mal. " Il se tient toujours au courant de ce qui se passe ici et il se rend bien compte que sa position militante peut avoir des conséquences.

Comment cela se passerait-il si un militant venait à laisser la vie dans ce combat ? Cela pourrait entraîner des réactions qui fragiliseraient les bases d'un processus qui de la part des interlocuteurs espagnols et français tarde à démarrer. " Lorsque nous avons parlé de ma décision avec des militants, cet aspect a été inévitablement évoqué. " Et comme il l'a rappelé lui-même devant le tribunal, cette décision de prononcer un MAE contre lui et d'autres constitue une attaque à ce processus. Il s'agit de répondre collectivement à de telles provocations. Mais du travail a été effectué, à partir de l'affaire Jon Anza puis celle d'Aurore Martin. Pour Daniel, ce travail porte ses fruits. Il constate que les élus ont massivement signé en sa faveur, comme pour Aurore Martin alors que lui n'était pas accusé de délits répertoriés comme politiques mais d'une tentative d'attentat. " On voit que depuis Aurore Martin, il s'est passé quelque chose. Le collectif contre le MAE regroupe au-delà des abertzale " (voir la liste des signataires). Et Daniel salue le travail de fourmi réalisé sur le terrain qui a débouché sur une prise de conscience beaucoup plus large sur le sujet.

 Tourné vers l'avenir

 Si le verdict du 17 août confirme les impressions laissées au procès d'Agen, Daniel devrait raisonnablement pouvoir reprendre ses activités professionnelles. En pensant au moment où il pourra enfin vivre chez lui : " Je ne peux pas retourner vivre en Iparralde avant 2018 ", mais lorsqu'il dit ça, il souhaite évidemment que ce délai de dix années au départ soit raccourci. Il reste beaucoup à construire et après tant d'années de clandestinité et d'incarcération, il veut y participer. Mais il ne s'attarde pas sur le sujet, cet éloignement est assumé et comme l'a mentionné l'avocate générale, Daniel respecte la règle et sa " traçabilité " ne pose pas de problèmes. Pour l'instant, il va se consacrer à la préparation de son avenir, ou plutôt de leur avenir, il n'est pas seul, avec l'énergie et la détermination qu'on lui connaît. En espérant que l'on tienne compte de son appel à la vigilance. En tout cas, il dit et il le répète : " Il ne faut pas baisser la garde. " C'est l'une des principales leçons pour les militants à tirer de cet épisode qui n'est pas encore clos, loin s'en faut.

  Mais pourquoi donc Daniel Derguy passe-t-il en procès ?

 (Procès du 27/07/2011)

 L'audience débute par l'arrivée de l'avocat général, qui représente le ministère public, Madame Heyte, déjà présente lors de la précédente audience. D'entrée de jeu, elle rappelle au public nombreux (une cinquantaine de personnes) qu'elle ne tolèrera aucune expression vocale.

 En revanche, la cour, à la surprise de la défense, est composée de magistrats différents de ceux du 13 juillet.

 Le président, M. Sorrau, après l'interrogatoire d'identité, présente une synthèse du dossier, et en particulier l'historique du mandat d'arrêt européen qui vise Daniel Derguy. Ce MAE, émis par le juge Meredes, du Tribunal national espagnol (Audiencia nacional) est arrivé le 8 mars 2011 sur le bureau des autorités françaises.

 L'ordre est donné d'arrêter Daniel Derguy. Le 6 juillet au matin, des hommes cagoulés, les mêmes que ceux qui ont tenté d'arrêter Aurore Martin l'après-midi du 21 juin à Bayonne, semble-t-il d'après la description qui nous en a été faite, se sont emparés de Daniel, devant son domicile. Le 7 juillet, il était présenté au tribunal d'Agen. Le 13 juillet, Daniel Derguy était remis en liberté et un supplément d'information était demandé aux autorités espagnoles ; en effet, se posait un problème de traduction en français non conforme à l'original et d'extinction des poursuites par prescription (les faits incriminés, à savoir une lettre piégée dans laquelle aurait été relevée l'empreinte du pouce de la main gauche de Daniel, datant du 4 mars 1994 – date de réception de la lettre – ou du 21 février 1994 – cachet de la poste de Paris du courrier).

 Aussi incroyable que cela puisse paraître, la question soulevée par le tribunal relative à la traduction relève du fait que par rapport à l'original en castillan, un paragraphe entier a été rajouté dans la traduction en français fournie par les autorités espagnoles. Ce paragraphe attribue à Daniel Derguy, après une " tentative d'assassinat en tant qu'auteur ", un second chef d'inculpation : " Détention d'explosif en collaboration avec une entreprise terroriste. "

 Bien évidemment, les autorités espagnoles ont adressé une nouvelle version de cette traduction dans laquelle ce passage n'existant pas en castillan a disparu, avançant l'excuse d'une " erreur matérielle " dans la traduction...

 Pour la tentative d'assassinat, Daniel risque 30 ans de prison. En droit espagnol, le délit est prescrit après vingt ans, soit le 4 mars 2014. Quant à savoir ce qu'il en est réellement de la prescription de ce délit, les autorité espagnoles préfèrent ne pas répondre.

 Application du droit

 Après cet exposé de la procédure, la parole est donnée au ministère public qui va curieusement nous faire un cours de droit appliqué au MAE.

 L'avocate générale, qui dans son réquisitoire écrit aurait précisé que le tribunal ne " doit pas " accepter ce MAE (d'après nos sources), va s'employer à expliquer la position du ministère de la Justice sur ce problème (elle précisera au moins deux fois que c'est sur ordre qu'elle présente cette position). Elle constate que la première traduction en français n'était pas identique au texte original et que les autorités ont bien transmis une nouvelle copie française " certifiée conforme " de ce mandat.

 Viendra ensuite une longue explication des raisons pour lesquelles en droit français, la prescription pour le délit retenu pouvait être acquise, en se reportant à l'art. 695 al. 22 du Code pénal. En 1994, la prescription pour le délit reproché à Daniel Derguy était de 10 ans. En 1995, une nouvelle loi rallonge le délai de prescription mais ne s'applique pas aux faits commis si cela aggrave les peines des personnes emprisonnées. Le 9 mars 2004, une nouvelle loi vient annuler l'alinéa de 1995 relatif à la suspension de l'allongement de la prescription pour cause d'aggravation de la situation des prévenus. Le 11 mars 2004, cette loi est publiée au Journal officiel.

 Or, pour les faits imputés à Daniel datant du 4 mars 1994, la prescription était acquise le 4 mars 2004 et donc la loi du 11 mars de cette même année ne peut lui être appliquée.

 Soulevant un autre point de droit, l'avocate générale va s'appuyer sur l'article 695.24 de cette loi pour dire que " les faits ont été commis sur tout ou partie du territoire français " et qu'à ce titre, ils ne peuvent tomber sous le coup d'une juridiction étrangère. Autre motif de refus de ce mandat d'arrêt. Elle s'appuie pour cela sur une décision de la chambre d'instruction de Pau, qui fait jurisprudence. Toutefois, précise-t-elle, toute décision de refus doit être motivée (art. 695.25).

 Abordant la notion d'" ordre public international ", elle remarque que Daniel Derguy a été condamné lourdement (en fait trois condamnations de 10 ans, le maximum de la peine, confusionnées à 20 ans) et que l'on peut légitimement penser que les faits reprochés sont " connexes ou concomitants " à ceux pour lesquels il a été condamné (" association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ") et donc qu'il a déjà été jugé pour ces faits... Cependant elle fait remarquer à la cour qu'une " convention sur le terrorisme lie l'État français " et lui donne " l'obligation d'examiner les faits ", questionnant directement les juges sur l'éventualité d'ouvrir une instruction sur ces faits (par ailleurs prescrits et déjà jugés – Ndlr)...

 Voilà la teneur de ce réquisitoire qui a pris des allures de conférence de droit pour juristes chevronnés. Toujours est-il que l'avocate générale a bien précisé aux juges que c'était à eux de prendre la décision et de la motiver.

 Refus

 La plaidoirie de Yolanda Molina, l'avocate de Daniel, a porté sur deux parties. D'une part, elle a affirmé que la cour se trouvait devant un cas de refus obligatoire dû au principe de territorialité (les faits on eu lieu en partie sur l'État français et sont prescrits en droit français), et un cas de refus facultatif qu'elle trouve particulièrement adapté, puisque cela relève du pouvoir que la loi donne aux juges de refuser un mandat d'arrêt européen, en se basant dans le cas présent sur l'ancienneté des faits, l'impossibilité de se défendre qui en découle et sa situation personnelle.

 Me Molina cherche pourquoi on vient en 2011 chercher Daniel Derguy pour des faits commis en 1994 : " Il y a une raison qui n'est pas juridique. Elle est ailleurs. C'est une raison politique ", affirme-t-elle. De plus les faits reprochés (une empreinte sur une carte de visite dans une enveloppe) " ne constituent pas en droit français une tentative d'assassinat ". Elle remarque que les empreintes digitales de Daniel Derguy, arrêté en 1996, ont été diffusées depuis 1998, et " ne croit pas à un manque de diligence de l'autorité espagnole ". " A Madrid, des dossiers comme celui-là, il y en a plein les tiroirs ! " affirme-t-elle.

 Elle demande donc à la cour de rejeter ce mandat au titre du " refus obligatoire " et du " refus facultatif ".

 Le président donne alors la parole à Daniel Derguy en lui précisant de ne pas sortir du cadre de cette affaire.

 Les mots de Daniel sont brefs, calmes et déterminés : " Vous avez devant vous un homme qui n'est pas rempli de haine mais un homme en colère... Quelle que soit la décision que vous allez prendre, ce sera un cadavre qui prendra le chemin de l'Espagne ". " Quand l'État français va-t-il s'inscrire dans le processus démocratique politique et non-violent qui doit aboutir à une véritable paix ? "

 Les Affaires basques

 Les faits se résument donc à une arrestation sur la foi d'un mandat d'arrêt international connu par les autorités françaises depuis 4 mois, et qui de l'aveu même de ces autorités ne peut être que refusé.

 Cependant, ces autorités montent une arrestation commando, avec les risques de bavure que cela comporte. Elles mettront Daniel Derguy en prison, s'opposeront à sa libération, puis le lendemain, à l'audience du 13, n'y feront plus obstacle.

 Le lecteur, se demandera peut-être pourquoi nous nous sommes étendus longuement sur les arguments juridiques de cette audience qui fut exclusivement " technique ". Il nous a semblé important d'essayer d'éclairer la complexité des arguments de droit mis en avant, afin de mieux mettre en évidence le fait que des juristes seuls ont pu poser les bases d'un tel mandat d'arrêt, en Espagne bien sûr, mais aussi en France, où les juristes du bureau des Affaires basques ont eu 4 longs mois pour étudier ce mandat, s'apercevoir qu'il n'était pas applicable et néanmoins déclencher son début d'exécution. Ces juristes qui, n'en doutons pas, sont titulaires des meilleurs diplômes, n'hésitent cependant pas à fournir à la police et à la justice un document biaisé (" erreur matérielle " de traduction) et inexécutable en droit. Il faudra attendre l'audience du 13 juillet pour commencer à s'en rendre compte. Imagine-t-on les conséquences si la défense n'avait pas mis à jour ce " vrai-faux " mandat d'arrêt...

  Batasuna fait le point sur la situation

 Le 6 juillet 2011, une nouvelle étape dans la politique de répression de l'État français est franchie. Comme Aurore Martin, Daniel Derguy, militant basque de " nationalité française " se voit notifier un Mandat d'Arrêt Européen. L'État français confirme que sa décision est prise : éliminer de la carte une expression politique basque qui le dérange, et ce, grâce à un outil politique émis par une juridiction d'exception. Le recours au MAE par l'État français porte ce message : réduire à néant, ici aussi, la gauche abertzale et son projet politique. Une loi dite " antiterroriste " devient bien une loi " anti projet Euskal Herria ". L'heure est extrêmement grave : après Aurore, après Daniel, on peut supposer, sans trop se tromper, que d'autres militants du Pays Basque Nord subiront le même sort : des années d'incarcération à Madrid pour leur engagement en faveur d'un Pays Basque réunifié, libre et démocratique. Ces militants rejoindront ainsi la longue liste de ceux d'Hegoalde renvoyés par des tribunaux français dans les prisons espagnoles, à la demande de l'Audiencia nacional, juridiction d'exception qui base ses décisions sur des déclarations issues d'actes de torture.

 Face à cette situation, l'attitude de Daniel est sans équivoque. Il se battra jusqu'au bout, et par tous les moyens, quel que soit le prix à payer. Il n'acceptera pas d'être renvoyé en prison en Espagne, pour des faits remontant à 17 ans, et qui sont donc prescrits en droit français. Ceux et celles qui connaissent Daniel savent que ce geste n'est pas anodin, n'est pas lancé au hasard. A une attaque frontale lancée par l'État français, Daniel répond par la résistance, l'engagement total, la dignité, la hauteur politique. Nous ne pouvons qu'être à ses côtés et mettre toute notre énergie à la mobilisation afin que l'issue ne soit pas fatale.

 Il ne s'agit pas ici de discuter son choix. Daniel est un militant de longue date, très engagé, avec une lecture très précise du moment politique dans lequel se trouve Euskal Herria. Et c'est bien de cela dont il s'agit : du moment politique.

 Voici plus d'un an que la gauche abertzale a fait connaître sa proposition " Zutik Euskal Herria " qui vise le dépassement du statu quo ou blocage dans lequel se trouve le Pays Basque, pour aller vers l'application du droit à l'autodétermination, via uniquement des voies démocratiques, en priorisant le travail en commun, l'accumulation des forces, les accords politiques en Euskal Herria et l'implication de la communauté internationale. Voici près de 6 mois que l'organisation ETA a déclaré un cessez le feu " permanent, général et vérifiable par la communauté internationale ", qu'elle vient encore de confirmer il y a quelques jours. Voici quelques semaines que la coalition abertzale de gauche Bildu est à la tête de plusieurs institutions en Hegoalde. Voici quelques semaines qu'en Pays Basque Nord, la coalition électorale EHBai se trouve confirmée comme étant la 3e force politique. Voici venu le moment des choix stratégiques pour tout le mouvement abertzale où la priorité doit être donnée à la concrétisation du processus démocratique.

 Face à cette ambiance, l'État espagnol continue via ses juridictions d'exception à emprisonner des leaders politiques, des jeunes qui constituent la relève de ce pays, à maintenir incarcérés des centaines de prisonniers politiques basques. L'État français, quant à lui, franchit un pas encore jamais atteint : éliminer de fait Batasuna et la gauche abertzale de " son territoire " via l'application du MAE. Face à la stratégie de confrontation que poursuivent ces deux Etats envers Euskal Herria, notre devoir est clair : poursuivre l'accumulation des forces, le travail en commun, et les accords stratégiques. Les États voudraient nous " diviser pour mieux régner ". Ne tombons pas dans le piège.

 La mobilisation, la méthode de travail collective est exemplaire autour du cas Aurore Martin. Au-delà de toutes nos différences, abertzale ou non abertzale, nous avons ensemble bien su cerner le moment politique. Car il s'agit bien de cela : le moment politique choisi par la France pour s'engager dans la voie des MAE ; ce moment si important, si décisif pour le Pays Basque qui dérange les États français et espagnol. Ces derniers mois, un rempart populaire a été mis en marche. Continuons dans ce sens afin de créer depuis le Pays Basque une interlocution politique face à Paris, dont l'un des objectifs à moyen et long terme est d'exprimer et de résoudre les problèmes de fond, qui sont la source du " conflit basque ".

 À court terme, si le 17 août 2011, le tribunal d'Agen décide d'appliquer à Daniel Derguy ce mandat d'arrêt européen, un compte à rebours va s'enclencher. Daniel entrera en grève de la faim illimitée et ira au bout de cette action. L'État français, ses responsables locaux seront face à une responsabilité sans précédent. Souhaitent-ils avoir à gérer un " Bobby Sands " ? Si oui, ils ne sont pas dignes d'être des responsables politiques, qu'ils en assument les conséquences. Si non, qu'ils interpellent de manière très efficace leurs homologues parisiens pour trouver une solution. La seule solution étant la non-application du MAE ! Une responsabilité sans précédent attend aussi tout le mouvement abertzale, soyons à la hauteur ! Bien qu'en plein été, la mobilisation doit être plus forte que jamais. Soyons nombreux et nombreuses à la manifestation de Donibane Garazi le 15 août à 17 heures.

 Utz Daniel bakean ! Non au mandat d'arrêt européen ! Résolution démocratique et politique du conflit en Pays Basque !

 Gabi Mouesca :

" Ces poursuites sont une provocation "

 L'actualité autour du mandat d'arrêt européen (MAE) a provoqué de nombreuses prises de positions ces derniers mois. Nous avons souhaité en parler avec Gabi Mouesca, militant de la gauche abertzale, candidat aux sénatoriales de septembre prochain.

 Ekaitza : Dans le cas d'Aurore Martin, nous avons assisté à une mobilisation surprenante de forces et de personnalités très hétéroclites. Qu'est-ce que cela t'inspire ?

 Gabi Mouesca : Il faut tout d'abord dire que ces diverses mobilisations, d'individus et de structures politiques ou syndicales, ont été le fruit d'un formidable travail militant d'explication et de persuasion. Il faut le souligner car dans ce cas précis, comme ce fut le cas pour l'affaire Jon Anza, les résultats sont la conséquence d'un travail sérieux, qui a mobilisé des personnes qui pour beaucoup se sont données jusqu'à la limite de leurs forces. Il faut saluer ces militant(e)s pour leur investissement exemplaire.

 Par ces fameux résultats, je veux parler de la mobilisation de certaines personnalités politiques et de partis ou organismes peu coutumiers de porter un intérêt à la répression subie par la gauche abertzale. Néanmoins, je dirais que l'hirondelle ne fait pas le printemps. Nous sommes entrés en période pré-électorale (sénatoriales à venir, présidentielles...), et nous savons qu'en pareille période, la tentation est grande pour beaucoup d'opter pour des attitudes qui peuvent être en totale contradiction avec ce qui est leur posture habituelle. De plus, il y a des microclimats locaux (suivez mon regard qui se tourne vers le Rocher de la Vierge...) qui peuvent aussi nous valoir des postures surprenantes. Enfin, le phénomène de dominos engendre des réactions qui n'ont comme logique que celle de suivre le mouvement lancé. C'est un classique de la politique politicienne.

 Notre mémoire collective nous invite à la plus grande prudence, et à ne pas céder aux appels des sirènes et à nous méfier des leurres.

 D'ailleurs, nous n'avons pas tardé à nous rendre compte de la relativité de la motivation de certaines personnes et structures politiques ou syndicales. En effet, lorsqu'il s'est agi de dénoncer le MAE appliqué à Daniel Derguy, même si le facteur temps n'a pas joué en faveur d'une re-mobilisation conséquente, il faut bien reconnaître que certains ont manqué à l'appel. Du point de vue des mécanismes et logiques répressives utilisées, le cas de Daniel est pourtant bien identique à celui d'Aurore. Sauf... sauf que Daniel est " estampillé " ETA.

 Ainsi, à la première aspérité, c'est " courage, fuyons ! "

 Pourtant, le mandat d'arrêt européen est un outil répressif que la quasi-totalité des spécialistes en matière de défense des droits de l'homme a dénoncé. Dénonciation faite également par un nombre conséquent de partis politiques, syndicats et autres structures situées dans l'opposition au pouvoir actuel ou simplement jouant le rôle de contrepouvoir dans le fonctionnement démocratique de notre société.

 Les poursuites engagées contre Aurore Martin, via le MAE, ont aussi été massivement dénoncées comme une provocation, une atteinte aux conditions nécessaires pour instaurer un climat favorisant l'avancée d'un processus de paix en Euskal Herri.

 Puis, advient le cas Daniel Derguy. Et là, surgit le passé militant de Daniel. Son engagement dans les rangs d'ETA.

 Premier élément de réflexion : lutter contre le MAE et défendre Aurore et Daniel ne sont pas en Euskal Herri des éléments de simples batailles politiques ou idéologiques. Il s'agit là d'un combat mené au nom d'un objectif suprême, celui de créer les conditions d'une paix juste et durable. Cela demande à tous

Le mercredi 18 août, la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Agen a refusé  l'exécution du mandat d'arrêt européen (MAE) émis par l'Espagne à l'encontre du camarade Basque Daniel Derguy car une partie des faits qui l

Daniel

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 22/08/2011 à 12:35:47

Ce dossier sur le mandat d'arrêt européen (MAE) à l'encontre de Daniel Derguy, a été réalisé avec des articles du numéro spécial de l'hebdomadaire Ekaitza n°1251 du 04/08/2011.

le 6 juillet 2011 Daniel Derguy est arrêté à Cahors, alors qu’il construit depuis plus de trois ans une nouvelle vie, dans le cadre de la liberté conditionnelle. Les autorités madrilènes ont délivré un MAE à son encontre, au prétexte d’une affaire datant de dix sept années : une lettre piégée où ses empreintes auraient été relevées, postée à Paris en mars 1994 ! Pour la justice française, il y a pourtant prescription. Daniel Derguy a cependant été arrêté, puis relâché sous contrôle judiciaire ; il est passé en procès le 27 juillet 2011 à Agen.


Un parcours de militant

Originaire d'Hazparne, et longtemps résidant à Hiriburu, Daniel Derguy, 51 ans, qui a été technico-commercial à Bayonne, est un militant basque connu pour son implication dans les associations de son canton. Arrêté à Paris le 23 juillet 1996, il sera violemment battu par les forces de police à cette occasion.

Trois procès plus tard, il est condamné à 20 ans d'incarcération pour association de malfaiteurs. Comme 695 citoyens basques, Daniel Derguy était membre du Collectif des prisonniers politiques basques. Pendant ses 12 années d'incarcération, il mena toutes les luttes du Collectif, pour la reconnaissance de leur statut de prisonnier politique, le respect de leurs droits, et surtout contre leur éloignement.

En janvier 2000, il devint l'un des porte-paroles des prisonniers politiques basques, et ce, alors qu'il se trouvait en grève de la faim illimitée depuis le 27 décembre 1999. Cette lutte collective des prisonniers politiques basques détenus en Espagne et en France avait pour but de dénoncer la politique pénitentiaire menée à leur encontre tout en revendiquant le respect de leurs droits.

Daniel Derguy fera 63 jours de grève de la faim : il en ressortira très affaibli, et avec de nombreuses séquelles physiques, dont il subit encore les conséquences aujourd'hui.

Des milliers de personnes, des militants, des syndicats, des élus, des partis politiques, s'étaient alors mobilisés pour le soutenir et dénoncer la situation dans laquelle il se trouvait. La presse locale et nationale, en France, avait relayé cette grève de la faim et les soutiens qu'elle avait suscités.

Incarcéré dans de nombreux centres pénitentiaires français, dont les prisons de Fresnes et de Fleury-Mérogis, il achèvera sa condamnation à Clairvaux : il est en libération conditionnelle depuis le 14 mars 2008 après 12 années passées en détention.

Sa libération a été acceptée sous des conditions très contraignantes, dont la réalisation d'une formation professionnelle de reconversion à Saint-Dizier (dans la région Champagne-Ardenne, à 965 kilomètres de Bayonne), une interdiction de séjour au Pays Basque, en Bretagne et à Paris, d'une durée de 10 ans, et la présentation tous les mois d'attestations de présence à la formation ou d'activité professionnelle, et ce pendant 5 ans.

Daniel Derguy réalisera cette formation en ébénisterie à Saint-Dizier, à près de 1 000 km de sa famille et de sa compagne.

A la fin de sa formation professionnelle, il obtient l'autorisation de s'installer à Cahors, où il trouve un emploi dans un magasin de mobilier. Ayant, depuis quelques mois, la possibilité de prendre ce magasin en gérance, il devait s'en porter acquéreur et signer l'acte de vente le 6 juillet dernier, le jour de son arrestation.

Depuis sa libération conditionnelle, Daniel Derguy s'est totalement investi dans son projet professionnel, respectant toutes les mesures de contrôle qui lui avaient été imposées et se projetant dans une reconversion à Cahors en prenant la gérance d'un magasin.

Son arrestation le 6 juillet pour la notification d'un mandat d'arrêt européen émis par les autorités espagnoles, pour des faits qui auraient été commis en 1994, soit il y a 17 ans, vient mettre à mal tout ce projet. L'activité même de son magasin en subit un grave préjudice, car même en cas de non-application de ce mandat d'arrêt, il sera difficile d'effacer les effets négatifs de cette arrestation très médiatique.

Ce mandat d'arrêt européen porterait sur un scellé vieux de 17 années, une lettre piégée désamorcée de mars 1994, où une empreinte digitale aurait été retrouvée sur une carte de visite qui se trouvait dans l'enveloppe.

Suite à son arrestation à Cahors le 6 juillet 2011, il a été présenté à la Cour d'appel d'Agen (Lot-et-Garonne), de nouveau incarcéré en attente de procédure, le juge considérant qu'il n'avait pas de garantie de représentation (alors qu'il travaille et doit signer l'acte d'achat de la gérance d'un magasin !...). Incarcéré d'abord à Agen, puis à Gradignan, Daniel Derguy réagit à cette injustice flagrante en entamant dès son arrestation une grève de la faim illimitée.

Après 8 jours de grève de la faim, 7 kg perdus et en raison de sa détermination dans son action, il est remis en liberté le 13 juillet. Un délai supplémentaire pour préparer sa défense ayant été accordé, il reste libre, sous contrôle judiciaire, jusqu'au 27 juillet, où son MAE a été examiné à Agen. La justice indiquera le 17 août prochain si elle accepte ou non ce MAE.

Rappelons que le 15 mars 2011, Thomas Hammarberg, le commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe, a dénoncé le recours excessif au mandat d'arrêt européen en ces termes : " Les problèmes (en rapport avec le MAE) semblent s'être aggravés avec l'augmentation du nombre des MAE : on en compte en moyenne plus d'un millier par mois. (...) L'application de ces procédures a entraîné des violations des droits de l'homme. " Le recul des libertés fondamentales qui en découle en Europe est manifeste, et l'acharnement des autorités françaises et espagnoles à faire en sorte qu'un citoyen basque de nationalité française soit livré à l'Espagne a de quoi inquiéter. Après une tentative pour l'instant avortée avec Aurore Martin, les deux États reviennent à la charge avec Daniel Derguy, pour des faits remontant à 1994 et qui sont en relation avec d'autres faits pour lesquels ce militant basque a déjà accompli 12 ans de prison, suivis de restrictions très strictes dans le cadre de la libération conditionnelle dont il bénéficie depuis trois ans. Et cela alors qu'un processus de paix est en cours au Pays Basque. Une forte mobilisation s'est rapidement mise en place contre ce nouveau MAE, de nombreux élus du Pays Basque, conseillers régionaux, Conseillers Généraux, Maires, conseillers municipaux, ayant signé une pétition par laquelle ils demandent au Gouvernement français l'abandon des poursuites à l'encontre de Daniel Derguy, l'arrêt de l'utilisation du MAE à des fins politiques, et enfin son implication dans la recherche d'une solution au conflit politique au Pays Basque.

Les troubles qu'avait connus le Pays Basque Nord il y a 11 ans à l'occasion de diverses manifestations de soutien à Daniel Derguy en grève de la faim durant 63 jours dans des conditions rendues inhumaines par l'administration pénitentiaire n'ont-ils pas servi de leçon ? Y a-t-il encore quelqu'un qui doute de la détermination de Daniel à se servir de la dernière arme qui lui reste, son corps, pour imposer son droit à la dignité et à la liberté ? N'a-t-il pas suffisamment payé pour mériter de votre part respect et considération ?


" Je ne peux pas accepter "

Compte tenu des événements, nous avions demandé à Daniel Derguy s'il était possible de nous entretenir avec lui après le procès d'Agen dont le contenu devait en partie déterminer son attitude. Nous nous sommes donc rencontrés le soir du procès à Cahors. Les circonstances ont fait que plutôt que de mener une interview, nous sommes entrés dans une discussion à bâtons rompus qui nous a permis de percevoir plus précisément l'état d'esprit et l'engagement de Daniel. Cet article n'est donc pas présenté comme une interview mais sera ponctué par les déclarations et les réflexions de Daniel, au-delà de sa propre personne.

C'est autour d'une table garnie que s'est déroulée la discussion, en abordant les sujets sans véritable chronologie. Pour la commodité des lecteurs nous avons donc essayé de remettre un peu d'ordre dans tout ça et, chronologiquement, de faire comprendre les motivations de Daniel et les enjeux de son combat, un combat qui ne s'arrête pas à sa seule personne et que nous devons tous engager de manière non équivoque.

La case prison

Ce nouvel épisode a commencé le mardi 6 juillet lorsque des policiers en civil sont venus arrêter Daniel pour le conduire en prison avant de l'emmener devant le tribunal d'Agen chargé de prendre la décision d'accorder ou non le mandat d'arrêt européen émis par l'Etat espagnol.

" J'ai vu des hommes arriver, j'ai tenté de mettre la clef dans la serrure du magasin pour entrer, mais je n'en ai même pas eu le temps. Tout s'est passé très vite. Ils m'ont embarqué dans une voiture et m'ont ensuite montré leur brassard, ce qui n'avait pas été fait avant. Même les voisins ont cru qu'il s'agissait d'un enlèvement. " Les policiers étaient des costauds, selon Daniel, les mêmes qui avaient tenté d'arrêter Aurore Martin ? Peut-être, en tout cas, ils appartenaient à la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) de Baiona.

Tout va alors très vite, l'acheminement vers Agen où doit lui être signifiée l'émission d'un mandat d'arrêt européen par l'État espagnol. Retour à la case départ. Et un premier passage devant les juges, à Agen. Où l'on signifie à Daniel qu'il est l'objet d'un mandat d'arrêt européen selon de nouveaux faits apparus. Et l'embrouillamini qui s'en suit. Que faire ? Il fallait prendre sa décision et rester en cohérence avec la démarche actuelle de la gauche abertzale.

Pendant ce temps, Daniel était incarcéré à Gradignan. " Ça fait bizarre [doux euphémisme] de se retrouver en prison. J'ai revécu de drôles de choses. " On y retrouve les mêmes lieux mais surtout, les mêmes liens. " Les détenus viennent te voir, comme pour les nouveaux. " Mais il y a aussi l'attitude de la direction, qui demande que Daniel soit avec une autre personne dans la cellule, on ne sait jamais. Même avec un autre détenu basque. Il n'ignore pas que Daniel est en danger.

Quelle possibilité d'action ?

Daniel comprend très vite que sa marge d'action est limitée. Étant seul concerné, il faut choisir une méthode d'action qui soit efficace. Il a déjà, lors d'une campagne menée collectivement, effectué une grève de la faim de plus de 60 jours. Et ce, avec des conséquences irréversibles pour son corps. A ce moment se confirme le choix d'un engagement, un choix on ne peut plus logique : " Il y a trente ans que je lutte et que je me suis engagé, ce n'est pas pour accepter ça ! " Daniel, dès le premier passage devant le juge, a refusé d'être remis aux mains aux autorités espagnoles. Et il affirme que si cela doit être fait, " ce sera entre quatre planches. " Lorsqu'il exprime ce choix, Daniel est très clair, et il pense aussi aux autres. Ce mandat a été accepté pour Aurore, mais il n'a pu être appliqué. Après cet échec du gouvernement français, il fallait une autre victime. Tout simplement pour créer un précédent. " S'il y en a un qui passe, c'est la porte ouverte ", autrement dit, à une extension de la pratique. Il s'agit de résister pour lui-même mais aussi contre une mesure juridique d'exception qui pourrait conduire un certain nombre de militants à une détention définitive.

Une première étape

Daniel se déclare en grève de la faim et dans un premier temps, la représentante de l'État s'oppose à une remise en liberté de Daniel. Mais, lorsque Daniel est présenté devant le tribunal d'Agen, sa liberté conditionnelle ne pose pas de problème. Avec une première échéance, celle du 27 juillet, date de l'examen du MAE par la cour d'appel d'Agen.

Etat d'esprit

Ces événements se sont succédé en peu de temps. La situation était, pour Daniel, tout à fait inattendue : " J'ai pris un pet. " Rien ne laissait supposer qu'il puisse être de nouveau dans le collimateur de la justice française. Remis en liberté conditionnelle, il avait entamé une autre vie, dans les clous délimités par la loi. Et lorsque la nouvelle arrive, tout s'écroule. Et c'est le militant qui réagit, revenant inexorablement sur son parcours, l'engagement, la clandestinité, la prison. Quelle décision fallait-il prendre " après trente ans passés là-dedans ? " Et il a pris sa décision : " Chaque fois qu'ils passeraient quelqu'un, ils auraient devant les yeux le cadavre de Daniel Derguy. " Et ce n'est pas une réaction désespérée : " J'aime la vie ! "

Il ne fallait pas attendre et Daniel avait décidé que si l'avocate générale demandait l'application du MAE, il se mettait immédiatement en grève de la faim. Cette décision a été soumise à critique de la part de ses proches qui se sont évertués à lui dire qu'il risquait sa vie s'il entamait ce mouvement. Les conséquences de sa précédente grève de la faim pèsent lourd dans la balance : " On m'a dit que j'ai les reins d'un type de 80 ans. " Mais du point de vue politique, il s'agit d'une décision qui a ses conséquences sur l'ensemble du mouvement abertzale et peut-être au-delà : " Je ne pouvais pas accepter ! " Et lorsque ces mots sont prononcés, on sent bien que les années de lutte et les sacrifices effectués pèsent énormément dans la balance. Pas seulement les siennes mais aussi celles de ceux et celles qui se sont engagés de la même manière et qui sont susceptibles d'être, demain, les victimes d'un nouvel MAE.

La pression matérielle

L'arrestation de Daniel a eu lieu alors qu'il devait recevoir une livraison de meubles qui devait lui permettre de démarrer du bon pied sa nouvelle activité commerciale. Coïncidence ou savant calcul du bureau des Affaires basques, on peut tout supposer ? Mais les ennuis ne s'arrêtent pas là puisqu'il reste en attente d'un verdict le 17 août. En attendant, l'emprunt négocié reste en suspens. Comment faire sans trésorerie alors que le commerce vient d'être déclaré et que les frais courent, loyer, fournisseurs et autres ? " Il va falloir assurer, de toute façon, on n'a pas le choix ", et Chantal, sa compagne, de confirmer qu'il faudra faire avec les moyens du bord.

Serein mais vigilant

Lors du procès d'Agen, l'avocate générale a prononcé un réquisitoire expliquant que le mandat d'arrêt européen émis contre Daniel avait de bonnes raisons de n'être pas accepté. Mais, car il y a toujours un mais, elle a bien précisé que la décision ne lui appartenait pas et que le tribunal était seul chargé d'argumenter le verdict définitif. Dans d'autres circonstances, au vu du réquisitoire, on serait d'un optimisme débordant. Mais ce réquisitoire a été prononcé avec les formes et ne demande pas clairement l'abandon du MAE. Certes Daniel se déclare serein, mais comme il le dit lui même : " Il ne faut jamais baisser la garde, dès qu'on le fait, tu vois ce qui arrive. " Il s'agit donc de rester vigilant sur ce qui ressemble de plus en plus à un sabotage en règle du processus en cours. Un processus que défend Daniel qui prône une véritable unité de la gauche abertzale, surtout dans les actes. Comment ne pas évoquer les années passées sur des stratégies parallèles ? " Á l'époque, nous nous sommes fait très très mal. " Il se tient toujours au courant de ce qui se passe ici et il se rend bien compte que sa position militante peut avoir des conséquences. Comment cela se passerait-il si un militant venait à laisser la vie dans ce combat ? Cela pourrait entraîner des réactions qui fragiliseraient les bases d'un processus qui de la part des interlocuteurs espagnols et français tarde à démarrer. " Lorsque nous avons parlé de ma décision avec des militants, cet aspect a été inévitablement évoqué. " Et comme il l'a rappelé lui-même devant le tribunal, cette décision de prononcer un MAE contre lui et d'autres constitue une attaque à ce processus. Il s'agit de répondre collectivement à de telles provocations. Mais du travail a été effectué, à partir de l'affaire Jon Anza puis celle d'Aurore Martin. Pour Daniel, ce travail porte ses fruits. Il constate que les élus ont massivement signé en sa faveur, comme pour Aurore Martin alors que lui n'était pas accusé de délits répertoriés comme politiques mais d'une tentative d'attentat. " On voit que depuis Aurore Martin, il s'est passé quelque chose. Le collectif contre le MAE regroupe au-delà des abertzale " (voir la liste des signataires). Et Daniel salue le travail de fourmi réalisé sur le terrain qui a débouché sur une prise de conscience beaucoup plus large sur le sujet.

Tourné vers l'avenir

Si le verdict du 17 août confirme les impressions laissées au procès d'Agen, Daniel devrait raisonnablement pouvoir reprendre ses activités professionnelles. En pensant au moment où il pourra enfin vivre chez lui : " Je ne peux pas retourner vivre en Iparralde avant 2018 ", mais lorsqu'il dit ça, il souhaite évidemment que ce délai de dix années au départ soit raccourci. Il reste beaucoup à construire et après tant d'années de clandestinité et d'incarcération, il veut y participer. Mais il ne s'attarde pas sur le sujet, cet éloignement est assumé et comme l'a mentionné l'avocate générale, Daniel respecte la règle et sa " traçabilité " ne pose pas de problèmes. Pour l'instant, il va se consacrer à la préparation de son avenir, ou plutôt de leur avenir, il n'est pas seul, avec l'énergie et la détermination qu'on lui connaît. En espérant que l'on tienne compte de son appel à la vigilance. En tout cas, il dit et il le répète : " Il ne faut pas baisser la garde. " C'est l'une des principales leçons pour les militants à tirer de cet épisode qui n'est pas encore clos, loin s'en faut.


Mais pourquoi donc Daniel Derguy passe-t-il en procès ?

(Procès du 27/07/2011)

L'audience débute par l'arrivée de l'avocat général, qui représente le ministère public, Madame Heyte, déjà présente lors de la précédente audience. D'entrée de jeu, elle rappelle au public nombreux (une cinquantaine de personnes) qu'elle ne tolèrera aucune expression vocale.

En revanche, la cour, à la surprise de la défense, est composée de magistrats différents de ceux du 13 juillet.

Le président, M. Sorrau, après l'interrogatoire d'identité, présente une synthèse du dossier, et en particulier l'historique du mandat d'arrêt européen qui vise Daniel Derguy. Ce MAE, émis par le juge Meredes, du Tribunal national espagnol (Audiencia nacional) est arrivé le 8 mars 2011 sur le bureau des autorités françaises.

L'ordre est donné d'arrêter Daniel Derguy. Le 6 juillet au matin, des hommes cagoulés, les mêmes que ceux qui ont tenté d'arrêter Aurore Martin l'après-midi du 21 juin à Bayonne, semble-t-il d'après la description qui nous en a été faite, se sont emparés de Daniel, devant son domicile. Le 7 juillet, il était présenté au tribunal d'Agen. Le 13 juillet, Daniel Derguy était remis en liberté et un supplément d'information était demandé aux autorités espagnoles ; en effet, se posait un problème de traduction en français non conforme à l'original et d'extinction des poursuites par prescription (les faits incriminés, à savoir une lettre piégée dans laquelle aurait été relevée l'empreinte du pouce de la main gauche de Daniel, datant du 4 mars 1994 – date de réception de la lettre – ou du 21 février 1994 – cachet de la poste de Paris du courrier).

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la question soulevée par le tribunal relative à la traduction relève du fait que par rapport à l'original en castillan, un paragraphe entier a été rajouté dans la traduction en français fournie par les autorités espagnoles. Ce paragraphe attribue à Daniel Derguy, après une " tentative d'assassinat en tant qu'auteur ", un second chef d'inculpation : " Détention d'explosif en collaboration avec une entreprise terroriste. "

Bien évidemment, les autorités espagnoles ont adressé une nouvelle version de cette traduction dans laquelle ce passage n'existant pas en castillan a disparu, avançant l'excuse d'une " erreur matérielle " dans la traduction...

Pour la tentative d'assassinat, Daniel risque 30 ans de prison. En droit espagnol, le délit est prescrit après vingt ans, soit le 4 mars 2014. Quant à savoir ce qu'il en est réellement de la prescription de ce délit, les autorité espagnoles préfèrent ne pas répondre.

Application du droit

Après cet exposé de la procédure, la parole est donnée au ministère public qui va curieusement nous faire un cours de droit appliqué au MAE.

L'avocate générale, qui dans son réquisitoire écrit aurait précisé que le tribunal ne " doit pas " accepter ce MAE (d'après nos sources), va s'employer à expliquer la position du ministère de la Justice sur ce problème (elle précisera au moins deux fois que c'est sur ordre qu'elle présente cette position). Elle constate que la première traduction en français n'était pas identique au texte original et que les autorités ont bien transmis une nouvelle copie française " certifiée conforme " de ce mandat.

Viendra ensuite une longue explication des raisons pour lesquelles en droit français, la prescription pour le délit retenu pouvait être acquise, en se reportant à l'art. 695 al. 22 du Code pénal. En 1994, la prescription pour le délit reproché à Daniel Derguy était de 10 ans. En 1995, une nouvelle loi rallonge le délai de prescription mais ne s'applique pas aux faits commis si cela aggrave les peines des personnes emprisonnées. Le 9 mars 2004, une nouvelle loi vient annuler l'alinéa de 1995 relatif à la suspension de l'allongement de la prescription pour cause d'aggravation de la situation des prévenus. Le 11 mars 2004, cette loi est publiée au Journal officiel.

Or, pour les faits imputés à Daniel datant du 4 mars 1994, la prescription était acquise le 4 mars 2004 et donc la loi du 11 mars de cette même année ne peut lui être appliquée.

Soulevant un autre point de droit, l'avocate générale va s'appuyer sur l'article 695.24 de cette loi pour dire que " les faits ont été commis sur tout ou partie du territoire français " et qu'à ce titre, ils ne peuvent tomber sous le coup d'une juridiction étrangère. Autre motif de refus de ce mandat d'arrêt. Elle s'appuie pour cela sur une décision de la chambre d'instruction de Pau, qui fait jurisprudence. Toutefois, précise-t-elle, toute décision de refus doit être motivée (art. 695.25).

Abordant la notion d'" ordre public international ", elle remarque que Daniel Derguy a été condamné lourdement (en fait trois condamnations de 10 ans, le maximum de la peine, confusionnées à 20 ans) et que l'on peut légitimement penser que les faits reprochés sont " connexes ou concomitants " à ceux pour lesquels il a été condamné (" association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ") et donc qu'il a déjà été jugé pour ces faits... Cependant elle fait remarquer à la cour qu'une " convention sur le terrorisme lie l'État français " et lui donne " l'obligation d'examiner les faits ", questionnant directement les juges sur l'éventualité d'ouvrir une instruction sur ces faits (par ailleurs prescrits et déjà jugés – Ndlr)...

Voilà la teneur de ce réquisitoire qui a pris des allures de conférence de droit pour juristes chevronnés. Toujours est-il que l'avocate générale a bien précisé aux juges que c'était à eux de prendre la décision et de la motiver.

Refus

La plaidoirie de Yolanda Molina, l'avocate de Daniel, a porté sur deux parties. D'une part, elle a affirmé que la cour se trouvait devant un cas de refus obligatoire dû au principe de territorialité (les faits on eu lieu en partie sur l'État français et sont prescrits en droit français), et un cas de refus facultatif qu'elle trouve particulièrement adapté, puisque cela relève du pouvoir que la loi donne aux juges de refuser un mandat d'arrêt européen, en se basant dans le cas présent sur l'ancienneté des faits, l'impossibilité de se défendre qui en découle et sa situation personnelle.

Me Molina cherche pourquoi on vient en 2011 chercher Daniel Derguy pour des faits commis en 1994 : " Il y a une raison qui n'est pas juridique. Elle est ailleurs. C'est une raison politique ", affirme-t-elle. De plus les faits reprochés (une empreinte sur une carte de visite dans une enveloppe) " ne constituent pas en droit français une tentative d'assassinat ". Elle remarque que les empreintes digitales de Daniel Derguy, arrêté en 1996, ont été diffusées depuis 1998, et " ne croit pas à un manque de diligence de l'autorité espagnole ". " A Madrid, des dossiers comme celui-là, il y en a plein les tiroirs ! " affirme-t-elle.

Elle demande donc à la cour de rejeter ce mandat au titre du " refus obligatoire " et du " refus facultatif ".

Le président donne alors la parole à Daniel Derguy en lui précisant de ne pas sortir du cadre de cette affaire.

Les mots de Daniel sont brefs, calmes et déterminés : " Vous avez devant vous un homme qui n'est pas rempli de haine mais un homme en colère... Quelle que soit la décision que vous allez prendre, ce sera un cadavre qui prendra le chemin de l'Espagne ". " Quand l'État français va-t-il s'inscrire dans le processus démocratique politique et non-violent qui doit aboutir à une véritable paix ? "

Les Affaires basques

Les faits se résument donc à une arrestation sur la foi d'un mandat d'arrêt international connu par les autorités françaises depuis 4 mois, et qui de l'aveu même de ces autorités ne peut être que refusé.

Cependant, ces autorités montent une arrestation commando, avec les risques de bavure que cela comporte. Elles mettront Daniel Derguy en prison, s'opposeront à sa libération, puis le lendemain, à l'audience du 13, n'y feront plus obstacle.

Le lecteur, se demandera peut-être pourquoi nous nous sommes étendus longuement sur les arguments juridiques de cette audience qui fut exclusivement " technique ". Il nous a semblé important d'essayer d'éclairer la complexité des arguments de droit mis en avant, afin de mieux mettre en évidence le fait que des juristes seuls ont pu poser les bases d'un tel mandat d'arrêt, en Espagne bien sûr, mais aussi en France, où les juristes du bureau des Affaires basques ont eu 4 longs mois pour étudier ce mandat, s'apercevoir qu'il n'était pas applicable et néanmoins déclencher son début d'exécution. Ces juristes qui, n'en doutons pas, sont titulaires des meilleurs diplômes, n'hésitent cependant pas à fournir à la police et à la justice un document biaisé (" erreur matérielle " de traduction) et inexécutable en droit. Il faudra attendre l'audience du 13 juillet pour commencer à s'en rendre compte. Imagine-t-on les conséquences si la défense n'avait pas mis à jour ce " vrai-faux " mandat d'arrêt...


Batasuna fait le point sur la situation

Le 6 juillet 2011, une nouvelle étape dans la politique de répression de l'État français est franchie. Comme Aurore Martin, Daniel Derguy, militant basque de " nationalité française " se voit notifier un Mandat d'Arrêt Européen. L'État français confirme que sa décision est prise : éliminer de la carte une expression politique basque qui le dérange, et ce, grâce à un outil politique émis par une juridiction d'exception. Le recours au MAE par l'État français porte ce message : réduire à néant, ici aussi, la gauche abertzale et son projet politique. Une loi dite " antiterroriste " devient bien une loi " anti projet Euskal Herria ". L'heure est extrêmement grave : après Aurore, après Daniel, on peut supposer, sans trop se tromper, que d'autres militants du Pays Basque Nord subiront le même sort : des années d'incarcération à Madrid pour leur engagement en faveur d'un Pays Basque réunifié, libre et démocratique. Ces militants rejoindront ainsi la longue liste de ceux d'Hegoalde renvoyés par des tribunaux français dans les prisons espagnoles, à la demande de l'Audiencia nacional, juridiction d'exception qui base ses décisions sur des déclarations issues d'actes de torture.

Face à cette situation, l'attitude de Daniel est sans équivoque. Il se battra jusqu'au bout, et par tous les moyens, quel que soit le prix à payer. Il n'acceptera pas d'être renvoyé en prison en Espagne, pour des faits remontant à 17 ans, et qui sont donc prescrits en droit français. Ceux et celles qui connaissent Daniel savent que ce geste n'est pas anodin, n'est pas lancé au hasard. A une attaque frontale lancée par l'État français, Daniel répond par la résistance, l'engagement total, la dignité, la hauteur politique. Nous ne pouvons qu'être à ses côtés et mettre toute notre énergie à la mobilisation afin que l'issue ne soit pas fatale.

Il ne s'agit pas ici de discuter son choix. Daniel est un militant de longue date, très engagé, avec une lecture très précise du moment politique dans lequel se trouve Euskal Herria. Et c'est bien de cela dont il s'agit : du moment politique.

Voici plus d'un an que la gauche abertzale a fait connaître sa proposition " Zutik Euskal Herria " qui vise le dépassement du statu quo ou blocage dans lequel se trouve le Pays Basque, pour aller vers l'application du droit à l'autodétermination, via uniquement des voies démocratiques, en priorisant le travail en commun, l'accumulation des forces, les accords politiques en Euskal Herria et l'implication de la communauté internationale. Voici près de 6 mois que l'organisation ETA a déclaré un cessez le feu " permanent, général et vérifiable par la communauté internationale ", qu'elle vient encore de confirmer il y a quelques jours. Voici quelques semaines que la coalition abertzale de gauche Bildu est à la tête de plusieurs institutions en Hegoalde. Voici quelques semaines qu'en Pays Basque Nord, la coalition électorale EHBai se trouve confirmée comme étant la 3e force politique. Voici venu le moment des choix stratégiques pour tout le mouvement abertzale où la priorité doit être donnée à la concrétisation du processus démocratique.

Face à cette ambiance, l'État espagnol continue via ses juridictions d'exception à emprisonner des leaders politiques, des jeunes qui constituent la relève de ce pays, à maintenir incarcérés des centaines de prisonniers politiques basques. L'État français, quant à lui, franchit un pas encore jamais atteint : éliminer de fait Batasuna et la gauche abertzale de " son territoire " via l'application du MAE. Face à la stratégie de confrontation que poursuivent ces deux Etats envers Euskal Herria, notre devoir est clair : poursuivre l'accumulation des forces, le travail en commun, et les accords stratégiques. Les États voudraient nous " diviser pour mieux régner ". Ne tombons pas dans le piège.

La mobilisation, la méthode de travail collective est exemplaire autour du cas Aurore Martin. Au-delà de toutes nos différences, abertzale ou non abertzale, nous avons ensemble bien su cerner le moment politique. Car il s'agit bien de cela : le moment politique choisi par la France pour s'engager dans la voie des MAE ; ce moment si important, si décisif pour le Pays Basque qui dérange les États français et espagnol. Ces derniers mois, un rempart populaire a été mis en marche. Continuons dans ce sens afin de créer depuis le Pays Basque une interlocution politique face à Paris, dont l'un des objectifs à moyen et long terme est d'exprimer et de résoudre les problèmes de fond, qui sont la source du " conflit basque ".

À court terme, si le 17 août 2011, le tribunal d'Agen décide d'appliquer à Daniel Derguy ce mandat d'arrêt européen, un compte à rebours va s'enclencher. Daniel entrera en grève de la faim illimitée et ira au bout de cette action. L'État français, ses responsables locaux seront face à une responsabilité sans précédent. Souhaitent-ils avoir à gérer un " Bobby Sands " ? Si oui, ils ne sont pas dignes d'être des responsables politiques, qu'ils en assument les conséquences. Si non, qu'ils interpellent de manière très efficace leurs homologues parisiens pour trouver une solution. La seule solution étant la non-application du MAE ! Une responsabilité sans précédent attend aussi tout le mouvement abertzale, soyons à la hauteur ! Bien qu'en plein été, la mobilisation doit être plus forte que jamais. Soyons nombreux et nombreuses à la manifestation de Donibane Garazi le 15 août à 17 heures.

Utz Daniel bakean ! Non au mandat d'arrêt européen ! Résolution démocratique et politique du conflit en Pays Basque !


Gabi Mouesca :
" Ces poursuites sont une provocation "

L'actualité autour du mandat d'arrêt européen (MAE) a provoqué de nombreuses prises de positions ces derniers mois. Nous avons souhaité en parler avec Gabi Mouesca, militant de la gauche abertzale, candidat aux sénatoriales de septembre prochain.

Ekaitza : Dans le cas d'Aurore Martin, nous avons assisté à une mobilisation surprenante de forces et de personnalités très hétéroclites. Qu'est-ce que cela t'inspire ?

Gabi Mouesca : Il faut tout d'abord dire que ces diverses mobilisations, d'individus et de structures politiques ou syndicales, ont été le fruit d'un formidable travail militant d'explication et de persuasion. Il faut le souligner car dans ce cas précis, comme ce fut le cas pour l'affaire Jon Anza, les résultats sont la conséquence d'un travail sérieux, qui a mobilisé des personnes qui pour beaucoup se sont données jusqu'à la limite de leurs forces. Il faut saluer ces militant(e)s pour leur investissement exemplaire.

Par ces fameux résultats, je veux parler de la mobilisation de certaines personnalités politiques et de partis ou organismes peu coutumiers de porter un intérêt à la répression subie par la gauche abertzale. Néanmoins, je dirais que l'hirondelle ne fait pas le printemps. Nous sommes entrés en période pré-électorale (sénatoriales à venir, présidentielles...), et nous savons qu'en pareille période, la tentation est grande pour beaucoup d'opter pour des attitudes qui peuvent être en totale contradiction avec ce qui est leur posture habituelle. De plus, il y a des microclimats locaux (suivez mon regard qui se tourne vers le Rocher de la Vierge...) qui peuvent aussi nous valoir des postures surprenantes. Enfin, le phénomène de dominos engendre des réactions qui n'ont comme logique que celle de suivre le mouvement lancé. C'est un classique de la politique politicienne.

Notre mémoire collective nous invite à la plus grande prudence, et à ne pas céder aux appels des sirènes et à nous méfier des leurres.

D'ailleurs, nous n'avons pas tardé à nous rendre compte de la relativité de la motivation de certaines personnes et structures politiques ou syndicales. En effet, lorsqu'il s'est agi de dénoncer le MAE appliqué à Daniel Derguy, même si le facteur temps n'a pas joué en faveur d'une re-mobilisation conséquente, il faut bien reconnaître que certains ont manqué à l'appel. Du point de vue des mécanismes et logiques répressives utilisées, le cas de Daniel est pourtant bien identique à celui d'Aurore. Sauf... sauf que Daniel est " estampillé " ETA.

Ainsi, à la première aspérité, c'est " courage, fuyons ! "

Pourtant, le mandat d'arrêt européen est un outil répressif que la quasi-totalité des spécialistes en matière de défense des droits de l'homme a dénoncé. Dénonciation faite également par un nombre conséquent de partis politiques, syndicats et autres structures situées dans l'opposition au pouvoir actuel ou simplement jouant le rôle de contrepouvoir dans le fonctionnement démocratique de notre société.

Les poursuites engagées contre Aurore Martin, via le MAE, ont aussi été massivement dénoncées comme une provocation, une atteinte aux conditions nécessaires pour instaurer un climat favorisant l'avancée d'un processus de paix en Euskal Herri.

Puis, advient le cas Daniel Derguy. Et là, surgit le passé militant de Daniel. Son engagement dans les rangs d'ETA.

Premier élément de réflexion : lutter contre le MAE et défendre Aurore et Daniel ne sont pas en Euskal Herri des éléments de simples batailles politiques ou idéologiques. Il s'agit là d'un combat mené au nom d'un objectif suprême, celui de créer les conditions d'une paix juste et durable. Cela demande à tous

AFPS

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 21/08/2011 à 17:09:11

Halte aux criminels israéliens.

La Palestine à l’ONU en septembre

 

Les inquiétudes exprimées par l’Association France Palestine Solidarité ces derniers jours sont hélas confirmées. Dès le début de la semaine les forces israéliennes massacraient à Gaza tandis qu’elles poursuivaient leur emprise coloniale en Cisjordanie avec l’annonce de la construction de 277 logements supplémentaires  dans la colonie d’Ariel située à proximité de Naplouse.

 La recherche d’une fuite en avant sécuritaire de la part d’un gouvernement israélien, en difficulté sur le plan intérieur de par sa politique ultra libérale, de plus en plus isolé sur le plan international, mais désireux d’imposer à tout prix sa politique d’apartheid en Palestine faisait craindre le pire. Il vient d’arriver.

Ce sont de nouveaux massacres aveugles qui sont en cours à Gaza. Une fois de plus enfants et femmes en sont les victimes parmi les nombreux civils touchés. Des témoignages reçus font état de victimes de bombardements au phosphore blanc sur le faubourg populaire de Soudiania à Gaza. 

 Cette sauvagerie, qui s’est exercée également en Egypte avec le décès de cinq militaires n’a aucun fondement dans la légalité internationale. L’impunité dont Israël continue de jouir, y compris après les « crimes de guerre voire les crimes contre l’humanité » de 2009, ou après le piratage des flottilles de la Liberté I et II, ne fonde pas un droit aux représailles.

 Par leur silence les pays occidentaux, la France en particulier, portent une lourde responsabilité dans les nouveaux massacres en cours. Ainsi le 16 juillet au point de presse du Ministère des Affaires Etrangères il n’y avait aucune condamnation du raid israélien contre Gaza, pas plus que des nouvelles implantations coloniales.

Israël doit cesser immédiatement ses nouveaux crimes en Palestine. L’AFPS Nord-Pas de Calais appelle à protester immédiatement contre le nouveau massacre. Elle interpelle à cet effet les autorités françaises et les élus. Elle est très attentive aux secours pour la population de Gaza. Elle poursuit sa mobilisation unitaire pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine. Elle donne rendez-vous à cet effet dès la braderie de Lille sur son stand les 3 et 4 septembre. La mobilisation unitaire se poursuivra les 6 et 13 septembre avec une rencontre à la MEP et une manifestation de rue. Les crimes contre Gaza doivent cesser, le blocus doit être levé. La Palestine doit être admise à l’ONU dès 2011.

  

AFPS Nord-Pas de Calais Lille le 20 août 2011

dégradation

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 15/08/2011 à 12:11:56

Netanyahu durcit les conditions de vie des prisonniers politiques palestiniens

Adri Nieuwhof

 

 

 

 

 

 


Cette semaine j’ai reçu une lettre de Ali, un prisonnier politique palestinien israélien. Ali est un des 126 prisonniers palestiniens qui ont fait plus de 20 ans de prison. Il écrit : "J’ai déjà passé 23 ans de ma vie dans les prisons israéliennes mais la prison n’a pas pu me briser. Je suis toujours un Palestinien qui lutte contre l’occupation de toutes les façons possibles." Il explique comment il combat la décision du premier ministre israélien Netanyahu de supprimer "notre droit de finir nos études à l’université à distance (open university)

Une pratique absurde

Netanyahu a annoncé son intention de durcir les conditions de vie des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes le 23 juin dernier. Il a qualifié les études académiques que peuvent faire les prisonniers palestiniens de "pratique absurde" et a dit qu’il avait maintenant l’intention de les empêcher de finir leur cycle d’études académiques.

La Communauté Européenne avait une opinion différente au sujet des études académiques pour les prisonniers politiques dans les années 1980. En tant que membre du Comité Hollandais pour l’Afrique du Sud, j’ai participé à la mise en place du Programme Spécial Européen pour les victimes de l’apartheid financé par la Communauté Européenne. On a dépensé chaque année des millions de dollars dont une grande partie a servi à financer les études des prisonniers politiques emprisonnés en Afrique du Sud.

Représailles et punition collective

La colère de Netanyahu est la conséquence du refus du Mouvement Islamique de répondre à un coup de fil international pour prouver qu’un soldat israélien emprisonné à Gaza depuis 2006 était encore en vie. D’une manière surprenante Netanyahu a affirmé qu’Israël respectait le droit international dans son traitement des prisonniers politiques palestiniens. Il est difficile de concilier son projet de punition collective des prisonniers politiques palestiniens avec le droit international. Les représailles et les punitions collectives sont interdites selon le droit international y compris par l’Article 33 de la quatrième Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre.

Il n’a pas fallu un mois au système carcéral israélien pour accédé au désir de Netanyahu et interdire aux prisonniers palestiniens de poursuivre leurs études universitaires.

Traitements inhumains et dégradants

Le Centre Palestinien des droits de l’homme (PCHR) de Gaza a condamné les nouvelles mesures prises par le système carcéral israélien dans un rapport dans la presse du 21 juillet.

Selon PCHR :

Ce qui est grave dans cette décision est qu’elle fait partie d’une série de mesures contre les prisonniers. (.....) D’autres mesures intensifient la fouille des prisonniers en les forçant à se mettre tout nus et les leaders palestiniens sont mis à l’isolement dans les prisons israéliennes. Les prisonniers palestiniens ont répondu à cette escalade de mauvais traitements par une série d’actions de protestation. Les prisonniers ont fait la grève de la faim au cours de 10 journées échelonnées pendant les deux derniers mois.

Cette décision de l’administration des prisons israéliennes fait partie d’une politique générale adoptée par les autorités d’occupation israéliennes contre les prisonniers palestiniens qui sont soumis a des conditions de vie cruelles ainsi qu’à des traitements inhumains et dégradants qui incluent la torture, la détérioration des conditions de santé et la négligence médicale envers les prisonniers -même ceux qui souffrent de maladies graves.

Cela a parfois causé la mort de prisonniers. Cette décision est extrêmement grave parce qu’elle vient des plus hauts échelons du gouvernement israélien.

PCHR a demandé aux organisations des droits de l’homme de suivre les cas de prisonniers palestiniens et de demander à leurs gouvernements de faire pression sur Israël pour mettre fin aux pratiques arbitraires contre les prisonniers palestiniens et les relâcher. Il est temps d’alerter l’opinion internationale sur la maltraitance dont souffrent les prisonniers politiques palestiniens.

La multinationale de sécurité G4S

La firme de sécurité anglo-danoise G4S est employée à la sécurité dans les prisons israéliennes. Who Profits, un programme de recherche de la Coalition Israélienne des femmes pour la paix et l’organisme de surveillance financier danois, DanWatch, ont révélé qu’en novembre de l’année dernière la firme G4S avait indiqué dans une plaquette publicitaire qu’elle fournissait un système de protection pour l’enceinte de la prison d’Ofer, tout le système de sécurité de la prison de Keztiot et un centre de commande de la prison de Meggido. Selon G4S ces prisons détiennent 4 900 prisonniers "de sécurité" palestiniens.

En fournissant des services aux prisons israéliennes, G4S facilite les violations des droits des prisonniers politiques palestiniens. L’article intitulé "G4S travaille dans les prisons israéliennes et les colonies illégales" que j’ai écrit avec Basma Salem, donne un aperçu de ces violations. En mars, G4S a refusé de dire à The Electronic Intifada si il va annuler ses contrats avec le système carcéral israélien ou non.

Comme G4S opère dans beaucoup de pays, cela donne aux militants du BDS du monde entier l’occasion de faire connaître les violations israéliennes des droits des prisonniers politiques palestiniens.

Pour consulter l’original : http://electronicintifada.net/blog/adri-nieuwhof/netanyahu-i...

Fidel

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Auteur : Comité «Libérez-les !»
Publié : Écrit le 13/08/2011 à 19:02:12

Fidel Castro, la fraîcheur d’un homme authentique.

Oscar FORTIN

 

 

 

 

Né un 13 août 1926, Fidel Castro célèbre ses 85 ans avec la même simplicité et authenticité qui l’ont accompagné toute sa vie. Celui que la revue Fortune avait présenté à plusieurs reprises, mais en vain, comme un des hommes les plus riches du monde vit tout simplement dans une petite résidence à la Havane. C’est là qu’il reçoit, à l’occasion, des chefs d’État, des personnalités politiques, des écrivains et des artistes. Tous et toutes sont honorés d’être reçus par celui qui a renversé le dictateur Batista et donné naissance à une révolution que l’Empire n’a pu vaincre avec ses interventions armées, ses centaines de millions de dollars pour corrompre, créer des épidémies, susciter des actes criminels et un blocus économique défiant toutes les règles du droit international. Cible de plus de 650 complots d’assassinat , il est toujours là pour partager ses réflexions sur le monde et les conflits qui en menacent l’existence. Vous trouverez à travers les divers sujets traités la fraicheur d’une sagesse qui repose tout à la fois sur un vécu intense, une intelligence exceptionnelle et un humanisme qui ne se dément pas. http://www.granma.cu/frances/reflexions/reflexions.html

Peu d’hommes d’État, des 50 dernières années, peuvent se présenter avec autant de consistance et de fidélité à certaines valeurs fondamentales relatives aux personnes et aux sociétés.

L’insistance mise par la Révolution sur l’éducation et la santé est un premier indicateur de la valeur accordée à la personne humaine. De fait, sans éducation et sans la santé, les personnes demeurent vulnérables à la manipulation et à l’isolement. Elles ne peuvent assumer les responsabilités dont elles ignorent les avenants et les aboutissants. Depuis longtemps, Cuba est libre d’analphabétisme et son système d’éducation fait l’envie de nombreux pays de la région. Quant à son École de médecine, sa réputation n’est plus à faire. Cuba est le pays qui dispose du plus grand nombre de médecins par mille habitants. Il fallait le faire en dépit et à l’encontre de toutes les contraintes mises sur sa route tout au long de ces 50 années.

Un second volet qui caractérise la Révolution cubaine est celui de la solidarité nationale et internationale. Nous connaissons de plus en plus les interventions de Cuba dans diverses régions du monde. Il n’y va pas avec des fusils pour y faire la guerre, mais avec des ressources humaines pour y apporter éducation et santé. Cette coopération n’est d’aucune manière conditionnée aux idéologies des pays où professeurs et médecins se rendent. Il en est de même pour l’ouverture de l’École de médecine à de nombreux étudiants étrangers, y compris des États-Unis. Dans la grande majorité des cas, Cuba assume les frais de formation de ces jeunes trop démunis pour payer cette formation, mais suffisamment intelligents et habiles pour en maitriser les connaissances et leurs applications. Ils sont des milliers, aujourd’hui, oeuvrant dans leurs pays respectifs auprès des populations les plus défavorisées. Ce qui a fait dire à l’ex Président de l’Assemblée générale des Nations unies, Miguel D’Escoto, que Fidel Castro était sans nul doute le personnage le plus solidaire des causes humaines. Chez lui, la solidarité s’écrit par des actions et des engagements.

« Nous vivons le meilleur moment de l’histoire d’Amérique latine, un moment durant lequel le rêve de Bolivar, de Morazán et de Martí ne sont plus un simple rêve, mais s’est transformé en un projet réalisable dans lequel nous pouvons nous engager. Pourquoi ce moment-ci ? Je crois que nous sommes en train de voir les fruits de l’exemple et de la lutte de Fidel, diabolisé par l’Occident pour avoir prêché la solidarité. Fidel ne l’a pas seulement prêchée, il a prêché par l’exemple. Pour moi, et cela je le dis aux Nations unies, il est le héros mondial de la solidarité. »

Dommage que nos politiciens et médias continuent à le diaboliser et à taire ses réflexions et commentaires sur ce que vit le monde d’aujourd’hui. N’importe, les peuples savent le reconnaître et de plus en plus de dirigeants s’en approchent pour y puiser conseils et sagesse. Son influence déborde les frontières de Cuba et rejoint les peuples de l’Amérique latine, d’Afrique et plusieurs du Moyen Orient et d’Asie.

Quelque part, les forces porteuses de vérité, d’authenticité et de consistance en arrivent toujours à percer les nuages du mensonge, de la manipulation et de l’incohérence. Peu d’hommes d’État peuvent rivaliser avec la stature de cet homme toujours porteur d’un message de solidarité, d’humanité et de fraicheur.

Fidel, bon 85ème anniversaire. Tu demeures pour bien des peuples et de nombreux dirigeants un phare qui éclaire sans éblouir et qui guide sans dévier de la voie à suivre.

Oscar Fortin
Québec, le 13 août 2011